J'ai appris ici le respect de soi - 22042012

Pomdereinette.
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D'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours eu recours à la nourriture quand tout allait mal. Petite je me cachais sous le lit avec un paquet de bonbons pendant que mes parents s'engueulaient. Quand je m'ennuyais à l'école je pensais au prochain repas. Et quand on m'imposait la sieste abhorrée je vidais le frigo en douce. En parrallèle je me souviens des aprés-midi à bouder devant mon assiette de poisson, sommée de la finir avant de sortir de table.

Arrivée à la puberté, 1er diagnostic d'obésité, 1er régime, premières compulsions. Adolescente, j'ai même volé pour me procurer ma drogue. Désespérée, me maudissant, me méprisant, parfois méprisée,culpabilisée, jamais aidée. Il a fallu que j'arrive à l'âge adulte, et même sur le tard, pour mettre un nom sur ma maladie : hyperphagie. Entre temps j'ai accumulé restrictions, régimes en tous genres (je crois n'en avoir évité qu'un seul, l'abominable soupe aux choux), kilogs yoyo (variations de poids de 30 kg), et consultations en tous genres.

Ma 1ère rencontre avec la RA, alias rééducation alimentaire, date de la lecture du livre du Dr Zermati "Maigrir sans régime" alors que je cherchais une énième méthode miracle. 1er déclic, soutenu par le désir de ne pas transmettre à mon jeune fils mes angoisses liées à l'alimentation. Sauf que je suis passée sur le mode "restriction cognitive", utilisant la satiété comme un nouveau moyen de maigrir. Et qu'au bout de quelques mois j'ai repris mes kilogs. A cette différence que j'avais définitivement abandonné toute idée de régime, appris à manger et partager en famille, et que jamais mes enfants n'ont eu à finir leur assiette. De surcroît, même si toujours en surpoids mon poids s'est stabilisé dans une fourchette de + ou - 4 kilogs, et non 30 !

J'ai beaucoup hésité à m'inscrire ici. Je redoutais de retomber dans l'obsession poids, tout en rêvant d'en perdre encore. Mon souhait était surtout de cesser de m'angoisser face à l'alimentation, d'être enfin en mesure de manger sans culpabilité ni comptabilité.

Suivre le programme n'a pas été de tout repos. Plus je progressais plus les "pauses" entre les étapes étaient longues. Et surtout j'ai cessé d'être la fille cool qui assume tout et se soucie de tous. Dur d'accepter d'être en colère, excédée, parfois injuste. Plus dur encore de prendre du temps pour soi, s'écouter, se reconnaître des émotions sans pour autant se sentir débordée ou déprimée. Je vois encore ma thérapeute, de loin en loin, et cela m'a aidée à approfondir tout ce qui se jouait là. Je crois que sans son soutien j'aurais soit capitulé soit rigidifié mon attitude, perdant le bénéfice d'un autre apprentissage, accepter de ne pas être toujours en mesure de faire au mieux.

Et aujourd'hui ? Je pense connaître mon set-point. Je n'ai pas perdu énormément de poids (4 kilogs, puis repris 2, puis reperdus...) mais ce n'était pas une urgence pour moi. Par contre, j'ai cessé de me maudire quand je suis dans le haut de la "fourchette". Au contraire. Je me dis "tu as des difficultés en ce moment, prends soin de toi". Et je crois bien que c'est la 1ère fois en 48 ans !

J'ai dû passer la moitié de ma vie à m'excuser d'être née, être celle que j'étais, fille, et grosse de surcroît. A  essayer de me transformer pour séduire, sans comprendre que la 1ère personne que j'avais à convaincre, c'était moi. Aujourd'hui je m'accepte, et je me surprends même parfois à avoir de la sympathie pour celle que je suis devenue. Je suis fermement décidé à traverser en paix avec moi-même le temps qui me reste à vivre. Et cela, je le dois en grande partie à ce site, à la compréhension et l'empathie dont les médecins font preuve dans leurs réponses, à la disponibilité de "ma" coach, et à la richesse des échanges sur le forum.

Voilà. C'était long à lire, mais j'ai essayé d'être le plus explicite possible. Bien qu'en fin de programme j'ai laissé de côté tous les outils et la majeure part des défis proposés, et pense prendre encore du temps pour m'y atteler posément. Bonne continuation à tous.

Commentaires

tiramisu.
Abonné

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt ton billet, merci !

fredonzeweb.
Abonné

Merci à toi pour ce témoignage plein de sagesse et encourageant. Continue à prendre soin de toi!

lorraine
Marraine

Chère Pommedereinette,

Non, ton post n'était pas long à lire; il est passionnant et très clair aussi.cheeky

On comprend très bien comment la nourriture peut devenir une réponse à une souffrance d'enfant. On comprend bien aussi que  la vie  n'est pas figée, comment le changement vers Soi est possible, lorsque on sait, comme toi, trouver l'aide nécessaire.

Merci du fond du coeur pour ce témoignage. Je te souhaite une douce et  paisible continuation sur LC et ailleurs. heart

lissiboa.
Abonné
merci pomdereinette pour ton tempignage je lis tes posts à des endroits différents depuis un moment, et je me retrouve souvent dans tes propos. la même déclinaison du mal qui nous hantait ;))) bon voilà, l'imperfection ét la gentillesse avec soi même en résultat ce n est pas trop mal... je crois que ma démarche physique à changé aussi...
Linda.
Abonné

Merci Pommedereinette pour avoir mis des mots sur des choses qui sont là mais qu'on n'arrive pas toujours à exprimer aussi bien que tu le fais.

elsab.
Abonné

J'ai été très touchée par ton message Pomdereinette car comme beaucoup j'ai retrouvé une partie de mon histoire. Celà fait longtemps que je travaille sur l'aspect psy de mon poids, 6 ans que je n'ai pas fait de régime,j'ai pris 8 kgs pendant ce temps mais j'ai avancé dans la connaissance de mon corps et de mon cerveau. Ma soeur a subi un by-pass il y'a 7ans et si elle a perdu beaucoup de poids ce qui était indispensable pour sa santé, elle n'a pas trouvé avec ce moyen mécanique la sérennité espérée. Elle qui croyait que mincir était la clé de son bonheur, elle s'est rendue compte qu'il n'en était rien. Elle me parle parfois de son envie de se gaver comme avant qu'elle ne peut plus faire et de sa frustration de ne pas pouvoir manger certaines choses trop difficiles à passer... En fait elle n'a rien résolu dans sa tête. Forte de son exemple, j'ai constaté deux choses: 1/ On maigrit quand on mange moins mais en mangeant de tout; et 2/ Si on n'agit pas sur notre connaissance de soi, notre mental, notre rapport à la nourriture, on ne peut pas maigrir durablement. Ma soeur est un résultat de 60 ans de méthodes ahurissantes, d'extraits thyroidiens (à lamode dans les années 60) en passant par les amphétamines pour couper la faim (ça j'ai connu aussi-prescrit par un médecin) les diurétiques et puis tous les régimes de restriction, y compris plusieurs hospitalisations. Ma pauvre soeur a eu son corps martyrisé jusqu'à aujourd'hui et parce que je suis plus jeune j'ai échappé à la situation de cobaye et j'ai pu apprendre à respecter mon corps, à être bienveillante , à me faire plaisir aussi.

Notre histoire a surement des origines génétiques mais surtout des causes psychologiques avec une mère obsédée par notre poids et posant sur nous un regard tellement sévère qu'on ne pouvait que grossir finalement pour vérifier si elle nous aimait quand même..

Quand ma fille a eu 10 ans, elle est devenue un peu rondelette - prépuberté oblige- et je me souviens d'une nuit d'insomnie pendant laquelle je me suis torturée le cerveau pour savoir ce que j'allais faire par rapport à "son poids". A un moment donné je me suis dit que je ne pouvais pas exiger qu'elle soit ce que je n'étais pas et qu'il fallait que je l'aime inconditionnellement, telle qu'elle était, que je ne lui parlerai pas de sa prise de poids et que je ne la priverai pas de douceurs comme l'avait fait ma mère. Ma fille a trente ans. Quand elle est tombée amoureuse pour la première fois à 14 ans, tous ses petits kilos de trop se sont évanouis et elle ne les a plus jamais repris. Elle connait la satiété (moi pas trop) elle se régule et c'est une excellente patissière...

J'adhère à cette méthode parce qu'elle est évidemment la seule qui respecte ce que l'on est , qui nous respecte en somme sans jamais nous prendre pour des vilaines/vilains qui ne savent pas ce qu'elles doivent ou ne doivent pas manger, qui doivent encore justifier de leurs incartades au sacro saint régime ou se peser devant tout le monde le rouge aux joues parce qu'on a fait des "écarts cette semaine"!! 

Bonne continuation!

Flowerbomb.
Abonné

[quote=Pomdereinette]

 

 

 Bien qu'en fin de programme j'ai laissé de côté tous les outils et la majeure part des défis proposés, et pense prendre encore du temps pour m'y atteler posément.

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Pomdereinette,

cela me rassure de voir que je ne suis pas la seule à être en fin de programme et à laisser de côté tous les outils et défis. Je suis toujours sur le site et compte y rester car je suis convaincue que j'y arriverai et tout ce que je puise dans les témoignagnes si humains n'a pas de prix.. Mais cela viendra seulement quand je serai dans le lâcher prise. et ce n'est pas encore le cas.

je fête bientôt mon 1er LCversaire et je n'ai pas perdu un seul gramme mais je n'ai rien pris non plus et j'ai gagné plein de sérénité. j'ai aussi comme toi 48 ans cette année et je me sens bien plus sereine qu'à 30. Je suis convaincue du bien fondé de cette méthode qui en fin de compte n'est que la façon juste et naturelle de s'alimenter.

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