La pression extérieure - 26122013

shackleton.
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Bonsoir,

 

Mes 92 kg étonnent à l'extérieur parce qu'on ne dirait pas que j'ai 92 kg sur la balance. C'est en tout cas l'écho que j'ai chaque fois. Commentaire d'une proche : tu es massive mais tonique.

Mais bizarrement, ça ne rend pas la pression vers une minceur hypothétique moindre. Entre les médecins, l'entourage proche, les collègues, je me retrouve au milieu de gens qui croient tous mieux savoir que moi ce qu'il me faut.

Je ne rêve pas d'une silhouette de sylphide, je n'ai pas eu le choix d'accepter ou non que mon corps change ces 6-7 dernières années (voir dans d'autres fils les soucis de santé que j'ai eus).

Le souci pour moi c'est de faire accepter que je ne choisis pas ce corps, que ce n'est pas par manque de volonté que je ne perds pas de poids ou que j'en prends. C'est un peu comme si tous les ennuis que j'ai eus ces dernières années étaient purement et simplement gommés par deux chiffres : mon IMC (35,1) et donc mon poids.

J'ai quelque part la double peine : me prendre en pleine gueule des ennuis de santé qui auraient mis en invalidité beaucoup de monde (un peu comme si j'avais pris 30 ans d'un coup), et les voir niés.

J'ai un appétit féroce. Ce qui faisait la joie de ma mère quand j'étais enfant devient soudain une maladie honteuse, à soigner à grands coups de coercition sanitaire.

Moi, là-dedans, je ne m'y retrouve pas. J'ai toujours été étonnée par la brutalité ingénue des propos de ceux qui ont réponse à tout. Je ne supporte pas qu'on juge une personne uniquement à son apparence - mais ça a toujours été comme ça.

Ce qui est valorisé : l'effort, le dépassement de soi, gna gna gna, pour moi, ça ne veut rien dire. On s'imagine toujours que quand on veut, on peut. Ca pour vouloir, je veux. Mais je ne peux pas. Je ne peux pas courir, pas sauter, pas m'affamer, je ne tire aucune gloire ni aucun plaisir à souffrir.

Comment expliquer surtout aux médecins que cette coercition cognitive et sanitaire qu'ils voudraient m'imposer ne sert à rien d'autre qu'à tranquiliser leur conscience mais qu'elle ne m'apporte rien parce que je ne peux pas être au-dessus de ce que je suis ?

 

Shack'

Commentaires

Phoenix.
Abonné
Fais comme moi, consulte un médecin en surpoids, et là pas de problème ;-) Normalement, tu peux maigrir sans courir ni sauter ni t'affamer. Tu as un appétit féroce...mais faim de quoi ? Es-tu sûre que c'est de nourriture ?
izabelle
Animatrice forum

je comprends ce que tu veux dire, Shack,  et je ne peux que te répondre qu'à partir de mon expérience personnelle

depuis mon parcours LC,  je ne pense pas que cette "pression extérieure"   a changé pour moi, mais ce qui a changé, c'est mon attitude par rapport à cette pression

du coup, ben finalement ça change aussi les autres, par réaction.....   ils ont pigé que ce n'était pas le plus important

 

bon je ne parle pas des médecins, là j'ai mal au dos, et j'ai tellement pas envie qu'on me dise : "ma petit dame, faudrait perdre encore 10 kg si vous ne voulez plus avoir mal au dos"   (j'aimerais bien!!!!)

 

mais je parle plutôt des proches.....    comme j'ai appris à me détacher de leur regard, pour m'envisager surtout de l'intérieur, de mes sensations intérieures.....   je suis beaucoup moins "réactive"   à toute petite allusion ou remarque, je ne pars plus au quart de tour quand quelqu'un évoque le mot régime, etc.....

du coup, par réaction, et ce de façon assez magique, mon chéri, qui s'est acharné pendant des années à vouloir que je maigrisse le plus possible, finit par me sortir des discours du genre  "non mais ce n'est pas le plus important"

le connaissant, c'est un discours proprement hallucinnant

tant que j'ai voulu le convaincre que ce n'était pas le plus important, cela faisait l'effet inverse : à savoir il insistant sur le fait que oui, c'était important

en revanche, quand j'ai commencé à modifier ma façon de réagir à ces propos, mais profondément, dans le sens où ces propos et la réaction qu'ils suscitaient chez moi  (genre la fille jugée de l'extérieur et que personne ne reconnait sa valeur intrinseque..... rien que ça),   je les ai reconnus, acceptés, dédramatisés.... laisser être sans leur consacrer d'énergie, d'importance, ce sont juste des "mots", des "histoires"  (l'histoire de la non-reconnue)

bref, peu à peu  tout cela a pris  beaucoup moins d'importance  à "mes" yeux

 

et par réaction moins d'importance pour les autres......

 

voilà pour mon expérience, j'espère que ça pourra t'être utile

Patience
Marraine

Ah, la pression extérieure...
Faire comprendre que l'on n'a pas choisi d'être "comme ça" ; et que si ça ne tenait qu'à la volonté, tout "ça" ne serait plus que de l'histoire ancienne...

Personnellement, je n'ai quasiment jamais de remarque sur mon surpoids.


Plus jeune, certains membres de ma famille m'ont crevé le coeur à force de remarques "empathiques" (!).
J'ai aussi ressenti, chez certains, du dégoût face au surpoids. Et je pense que certains me regardent encore avec un peu de dégoût.

Dans le cercle social, les gens me prennent comme je suis.
J'ai eu une fois une remarque d'un ancien copain de fac me disant qu'il y avait certainement des hommes qui aimaient "ça" ("ça" = les grosses). C'était pour me remonter le moral un jour où je pleurais sur mon célibat de l'époque. Eh bien j'ai fini par pleurer sur mon célibat et sur mon poids !

Quant à mon homme, il aimerait bien que je sois plus mince. Mais il ne se rend pas compte si je grossis ou maigris !

Les pires expériences viennent du corps médical. Quand on est déjà fragilisée par des soucis de santé, ce n'est pas très encourageant d'en rajouter une couche...

Conclusion, j'évite tout simplement le sujet.
Après tout, mon surpoids ce sont mes émotions ; mon surpoids ce sont mes pensées ; mon surpoids c'est mon fonctionnement ; mon surpoids c'est mon intimité. Alors je garde ce que j'en pense ou ce que j'en ressens pour moi, qu'on me crève le coeur ou qu'on ne me dise rien.
Et si une belle-soeur me parle de son énième régime ou se plaint d'avoir été obligée de troquer son 38 par du 40, j'écoute. Mais je ne dis rien sur moi. Et comme je ne dis rien sur moi, on ne me dit rien sur moi...

Au plaisir de te lire

 

PS 1 : en me relisant, je me rends compte qu'autour de moi on a rarement prononcé les mots "grosse" ou "ronde" ou "en surpoids" ou "obèse" ou autre. Autour de moi, on a toujours dit "ça"... comme si "ça" était un truc un peu dégueulasse ou un peu bizarre ; mais surtout honteux... ?

PS 2 : juste en aparté. Hier je lisais un conte à l'une de mes nièces. Il y était question, à un moment donnée, d'une sorcière qui était laide. Pourquoi ? Parce qu'elle était grosse...
 

mavo.
Marraine
Comme Patience, j'ai peu ou pas de remarques sur mon surpoids. J'ai tellement perdu et repris de kilos au fil des années, pour tous mes proches c'est assez évident que c'est un sujet "sensible" donc ils ne m'en parlent pas. Ça tombe bien car c'est un sujet peu ou pas traité pour moi. Dès que le mot régime est prononcé, c'est comme si on pinçait une corde de guitare dans mes émotions et les petites musiques internes démarrent ! Entre envie, rejet, critique, culpabilité, fierté parfois... C'est pire encore quand le sujet concerne ma fille. Merci de ce fil. La réponse d'Izabelle me rappelle que je peux défusionner avec ces petites musiques, c'est un exercice auquel je ne me suis pas encore prêtée !
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