Mère nourricière universelle: je cuisine pour tout le monde! - 17042013

Courtepatte.
Abonné

Je cherche des témoignages de gens qui se reconnaîtraient dans le comportement suivant:

Je me rends compte que je passe énormément de temps à cuisiner pour les autres, je suis un genre de "mère nourricière universelle" (le genre qui apporte des gâteaux faits maison au boulot, qui veille à préparer des repas structurés pour son entourage, qui met les petits plats dans les grands pour ses invités, qui propose toujours d'apporter le dessert quand elle est invitée quelque part...)

Mon entourage ne s'en plaint guère, mais je me demande s'il n'y a pas l'un ou l'autre côté dérangeant (j'écrirais bien "maladif", mais ça me semble un peu fort) là-dedans:

  • n'est-ce pas avant tout un moyen d'être aimée, encensée, reconnue, félicitée?
  • n'est-ce pas un désir inconscient d'être moi-même "nourrie"? Sans doute pas de nourriture (mes kilos en trop témoignent que je m'en donne assez!) mais de douceur, d'attention, de reconnaissance, ...?
  • mes excès de sucre seraient-ils la seule façon que j'aie trouvée de me donner de la douceur?
  • suis-je en fait capable d'accepter ce que les autres pourraient me donner? Je me souviens, il y a très longtemps, d'un homme à qui je me plaignais: "Tu ne me dis jamais que tu m'aimes!" et qui m'a répondu, d'un ton très triste: "A quoi bon? De toute façon, tu ne veux pas me croire..."

Est-ce que ceci fait écho chez certain(e)s d'entre vous? Merci d'avance!

Commentaires

capuccino
Marraine

Et bien je crois que tu as trouvé un 1er clone...Avant d'attaquer LC je cuisinais énormémént  et j'en faisais profiter mes collègues (et je ne me limitais pas à un gâteau, c'était parfois le repas complet, des verrines, des macarons, des gâteaux en tous genres...), puis j'ai instauré au sein d'une association dont je faisais partie le repas commun pour lier le groupe et bien sur c'est moi qui faisait la popotte pour 12 ou 15 personnes tous les 2 mois...et j'en passe et des meilleures. Par contre, je mangeais rarement ce que je préparais, et oui puisque j'étais constamment au régime et c'était ma façon de manger par procuration toutes ces douceurs grasses et sucrées, grasses et salées...

Puis j'ai commencé le programme et j'ai arrêté de cuisiner pour les autres à outrance, juste pour des occasions spécifiques. Je reste dans cette optique-là aujourd'hui.

Il est évident qu'il y a une recherche de reconnaissance à travers ces plats compliqués, ou longs à faire ou difficiles à réaliser. Mais il est vrai que je ne sais pas faire grand chose d'autres de mes mains, je ne peinds pas, ne dessine pas, n'ai pas la main verte, ne fais pas de musique et j'ai un besoin infini de reconnaissance, ça je m'en rends compte. Aujourd'hui je suis capable d'accepter ce qu'on veut bien me donner mais visiblement il y a encore un manque... 

Lors d'un chat, le Dr A. me faisait remarquer que j'aimais bien me faire plaindre...j'ai abandonné cette attitude au fur et à mesure que jje grandissais grace à LC mais on ne peut quand même pas être parfait dans tous les domaines!!!

Rikki.
Ancien abonné

Mesdames, je suis désolée de devoir vous l'annoncer, mais vous vous trompez : ce n'est pas vous, la mère nourricière universelle, c'est ma mère à moi !

 

Cela m'a frappée en vous lisant : c'est maman qui nourrit tout le monde, qui reçoit avec mugnificience, qui vient avec son cake sous le bras, qui ne vous laisse pas repartir sans votre tupperware, qui fait ses truffes à Noël, ses compotes maison avec les pommes du jardin ! Maman, qui est mince parce qu'elle ne mange pas beaucoup ce qu'elle cuisine...

 

La dernière fois que je suis allée chez elle pour une fête de famille, c'était mi-février. Comme d'habitude, elle n'était jamais assise à table, elle passait son temps à regarder ce que mangeaient les uns et les autres (pour noter qui préfère quoi, pour resservir, pour vérifier qu'on ne manquait de rien, pour évaluer à quelle heure il fallait mettre le dessert en route...) et surtout à faire le service, à être l'hôtesse parfaite, pendant que moi je profitais à la fois du délicieux repas préparé par ses soins et de la conversation. 

 

A un moment, je me suis excusée auprès d'elle, mais elle m'a répondu un truc du genre "Tu sais, j'aime bien m'agiter, je suis moins tentée de manger". 

 

Courtepatte, tu es comme ma mère : mince, mais pas assez à ton goût, et surtout dans un "combat pour la minceur". Je vais te poser la question franchement, à la Lucrèce Borgia : "Courtepatte, es-tu ma mère ?"

belleetsereineen2013.
Abonné

@ Rikkibis : merci de m'avoir fait rire avec ta question à la Lucrece Borgia !

Sinon je suis désolée je ne cuisine pas ... ca ne m'interesse pas ... je trouve ca chronophage et surtout bien compliqué  (j'arrive pas à faire arriver mon assiette chaude et pourtant mon couloir n'est pas si long). je n'imagine pas le defi (insurmontable bien sur) de devoir cuisiner pour qqun d'autre que mon ami ou moi !

je pense que je n'aime pas cuisiner parce que je n'aime pas manger (ca changera peut etre avec l'etape degustation) ... j'aime juste les desserts ....

Isana.
Abonné

Echo.  Echo.  Echo mdr ;-).

Alors comme on disait à l'école quand j'étais gamine, et puisque le "prem's" a été dit par Cappuccino mdr, je vais dire le "j'suis deu'z" ... deuxième clone quoi :-P.

Bravo Courtepatte pour le post ;-).  Et le sujet est bien trouvé !  A mon avis, il va en concerner plus d'une ...

Je suis d'une longue lignée (et par la branche maternelle, et par la branche paternelle) de "mères nourricières" :-S. 

On ne sait pas aller manger un petit bout "à la bonne franquette" chez ma Maman car tout est toujours tiré à 4 épingles, petits plats dans les grands, et tout dans la surabondance.  Quand on ne se ressert pas, ou pire, qu'on ne finit pas son assiette, on s'entend dire d'un ton bien culpabilisateur "Quoi ? Tu n'aimes pas ?" ... auquel se rajoutait jadis (mais c'est en progrès) "Mais enfin, je l'avais cuisiné exprès pour toi ?" avec la moue de la vicitme poignardée en plein coeur ... arf.  Ma Maman tient ça de sa propre mère, qui le tenait elle aussi de sa mère ... après, je ne sais pas jusqu'où remonte la généalogie :-P. 

La différence entre ma Maman et la tienne Rikkibis, c'est que la mienne n'est pas mince du tout, du tout, du tout mdr.  La sienne pareil.  Par contre, mon arrière-grand-mère maternelle était toute petite, toute maigre, toute sèche ... elle a connu la guerre et la privation ... alors est-ce que suite à ça, elle a développé une angoisse que sa fille (ma grand-mère) manque de tout comme elle, et qu'elle l'a "gavée" de nourriture au lieu de la gaver d'amour ??  Bonne question mon général.  En tout cas, du côté maternel, elles nous ont toutes gavées de nourriture plutôt que d'amour : ma maman est froide et distante comme un glaçon :-S.

J'étais partie sur la même voie ... bien lancée ... ouuuh oui.  Moi aussi j'amenais cookies, cakes, brownies, etc au bureau.  Je suis toujours aux petits soins pour les autres.  Et puis ça a commencé à m'enerver de me stresser pour que tout soit parfait en permanence, de devoir tout contrôler.  J'essaie de lâcher prise (même si je suis loin d'y arriver).  J'ai vu ma mère péter une durite comme on dit, parce que je ramenais une copine de plus que prévu à manger ... alors que tout le monde pouvait repartir avec un "doggy bag" pour une semaine !!  Et petit à petit, je me suis dit "tout ça pour ça ??" ... passer à côté de la relation, de liens authentiques et profonds, pour de beaux détails d'appart ??  Non. 

Ca c'était pour le témoignage ;-).

Pour ce qui est des pistes et des questions que tu lances, je pense qu'en les posant, tu as quelque part déjà une partie des réponses :-).  Je crois, en effet (pour le ressentir pour mon propre cas ;-)) que c'est bien un moyen d'être aimée et reconnue.   Jusqu'à il y a peu, tout comme ma mère, je n'étais pas à l'aise avec mes émotions, ni avec celles des autres.  La cuisine et l'art de la table étant perfectionnables, et contrôlables, les mener à bien me donnait la sensation de maîtriser ce qu'il m'arrivait, et de "fuir" les contacts directs, à nu.

De plus, en "donnant" autant (de nourriture, d'attentions, de ma personne), je ne laissais pas la place aux autres de me donner à moi, et j'évitais ainsi d'être confrontée à la réalité des autres et à d'éventuelles déceptions.  J'ai énormément de mal avec les cadeaux : j'adore en donner, mais je ne sais pas les recevoir ... je pense ne pas les mériter ... pourquoi ?

J'ai décider de changer ça le jour où mon fils est né, et ça s'est renforcé avec la naissance de ma fille : je ne voulais pas d'une relation de "surface" avec eux.   Mais bouuuuuh que c'est dur d'inverser la tendance ;-) !

izabelle
Animatrice forum

je suis le troisième.....clone....  si j'ai bien compté

 

ou du moins je l'étais, mais j'ai racroché.....  les gants de cuisine!!!

 

pour ma part je me suis aperçue que si je cuisinais autant pour les autres, c'était surtout  (en plus du bonheur d'exercer l'art de la cuisine)   une façon  de me faire  "accepter par les autres"

en effet j'ai toujours eu la peur de me faire rejeter par les autres, et notamment par le groupe

et je dois me faire grande violence, quand je vais voir des amis pour ne pas leur  apporter des douceurs, des desserts, etc....

ou alors quand je recevais c'était plat maison + dessert maison à chaque repas

et épuisement à la clé quand c'était plusieurs jours de suite.....

 

je me suis lancée des petits défis, ne plus apporter de dessert, ou encore servir des yaourts en dessert à mes invités (la première fois c'était hyper hyper dur).....  et j'ai vu que ça ne changeait rien....  tout le monde m'appréciait toujours autant.....  et même personne ne m'a même jamais fait une remarque comme quoi je n'avais pas amené le dessert ou fait un dessert.....   en fait les gens s'en fichent, même s'ils apprécient sur le moment et vous félicitent, pour eux, vous êtes plus que "la bonne cuisinière"

cela m'a beaucoup aidé, et aussi pour l'acceptation, par exemple l'acceptation de ne pas plaire à tout le monde,  de toute façon les desserts ça ne plait pas à tout le monde.......   ;-)

je continue à aimer cuisiner, mais occasionnellement, et surtout je n'en fais plus un moyen d'intégration,  une "patte blanche" qui me permettrait d'avoir l'approbation de tous

voilà pour ma contribution à la chose

Patience
Marraine

Intéressant, ce post !

Pour ma part, sans être une mère nourricière universelle, je suis quand même une femme et une mère nourricière.

Je crois que je répète le schéma familial : ce sont toujours les mamans qui ont cuisiné, alors je continue sur cette voie... avec plus ou moins de bonheur car je n'aime pas foncièrement cuisiner. Je distingue la "cuisine-obligation" qu'il faut faire chaque jour pour se nourrir ; et la "cuisine-plaisir" quand j'ai envie de faire une recette particulière et que j'ai tout l'après-midi pour m'y coller !

Donc oui, c'est moi qui nourrit à la maison. Mais pas à l'extérieur. Au contraire, j'évite d'amener des plats fait maison, de peur qu'on ne les trouve pas bons. En gros c'est "courage, fuyons !".
Quand j'étais étudiante, j'étais en colocation. Et je m'étais rendue compte que c'était moi la copine nourricière. Je passais plus de temps que les autres en cuisine et j'avais d'ailleurs l'impression que, contrairement à eux, je ne pensais qu'à la bouffe (à moins que ce ne soit la vérité ?)...

Et quand je cuisine, je déteste qu'on critique mon plat, sauf si c'est moi qui ai commencé.
Dans ces cas-là je m'énerve : "si j'avais su, je ne me serais pas autant cassé la tête !", je m'agace : "eh bien t'avais qu'à cuisiner toi-même !". C'est ma façon à moi d'aboyer parce que j'ai peur qu'on ne m'apprécie plus autant qu'avant...

Bref, je trouve que c'est dur d'être aux fourneaux... J'aimerais que mon mari cuisine beaucoup plus souvent pour éviter de m'y coller, éviter d'y penser, éviter de m'interroger sur la diététique, la faim, etc...

Mince, à force d'écrire, je me rends compte que les choses sont aussi assez complexes pour moi...
Cuisiner pour les autres me donnent un moyen d'être aimée et de prendre soin des autres. Mais je ne cuisine pas pour moi et la nourriture me permet de m'oublier. Je fais pour les autres ; quant à moi... c'est une autre histoire...
Et cette prise de conscience est plutôt douloureuse...
 

Vali.
Ancien abonné

Oh, en voilà une bonne idée, se cuisiner quelque chose, POUR SOI, juste pour essayer, un futur-vrai exercice de Line Coaching ?

Vali, aussi aux antécédents maternels nourrissants et nourrisseurs

Courtepatte.
Abonné

Juste pour dire un grand merci pour tous vos témoignages. Il est un peu tard ce soir pour réagir plus en détails, mais je vous ai lues avec grand plaisir et vos témoignages et réflexions m'ouvrent bien des portes.

Rikkibis, tu m'as fait trop rire, ta question "Es-tu ma mère, Courtepatte?" m'a trotté en tête toute la journée, et je crois qu'en tout cas ta mère et moi avons une chose en commun, c'est cette tactique de fuite. Mais qu'est-ce que je cherche à éviter? Ca va vraiment être intéressant d'essayer de le découvrir.

Promis, je reviens un peu plus tard ce week-end pour décortiquer tout ça, ça en vaut la peine.

PS: Rikkibis, si un jour, comme toi, je reviens sur le site avec un autre pseudo, je choisirai "Mère_de_Rikkibis"! cheeky

Rikki.
Ancien abonné

Môman ! 

 

 

Je viens de réaliser que l'un des complexes de ma mère est d'être... petite ! On pourrait dire "courte sur pattes", aussi, non ? 

 

 

laugh  <---  ceci est un horrible machin censé être un smiley mort de rire. 

 

poneyville92.
Abonné

[quote=Rikkibis]

Courtepatte, tu es comme ma mère : mince, mais pas assez à ton goût, et surtout dans un "combat pour la minceur". Je vais te poser la question franchement, à la Lucrèce Borgia : "Courtepatte, es-tu ma mère ?"

[/quote]

Hahahahaha, j'aime, je rigole toute seule.

Du moment qu'elle ne répond pas : "non je suis ton pèèèère"...

Isana.
Abonné

MDR, ça part en suceeeeette ;-).

Merci pour cette bonne humeur, ça fait du bien les fous rires :-P 

Courtepatte.
Abonné

[quote=capuccino]

c'était ma façon de manger par procuration toutes ces douceurs grasses et sucrées, grasses et salées...

(...)

Il est évident qu'il y a une recherche de reconnaissance à travers ces plats compliqués, ou longs à faire ou difficiles à réaliser. Mais il est vrai que je ne sais pas faire grand chose d'autres de mes mains, je ne peinds pas, ne dessine pas, n'ai pas la main verte, ne fais pas de musique et j'ai un besoin infini de reconnaissance, ça je m'en rends compte.

(...)

Lors d'un chat, le Dr A. me faisait remarquer que j'aimais bien me faire plaindre...j'ai abandonné cette attitude au fur et à mesure que jje grandissais grace à LC mais on ne peut quand même pas être parfait dans tous les domaines!!!

[/quote]

Merci tellement, Capuccino, pour toutes ces pistes de réflexion!

Contrairement à toi, je ne mange pas vraiment "par procuration", car je suis la première consommatrice de ce que je cuisine! Par contre, il est possible que voir les autres manger avec moi me déculpabilise ("Si eux en mangent, ça ne peut pas être si mauvais pour moi / ma ligne / ma santé qu'on le prétend"). J'ai en tout cas autour de moi des gens qui me frappent par leur attitude presque agressive si je refuse de manger quelque chose qu'ils me proposent, comme s'ils prenaient mon refus pour une critique larvée de leur propre gourmandise. J'ai peut-être (eu) tendance à être comme ça, moi aussi.

Le fait de cuisiner pour les autres est peut-être aussi une façon détournée (et donc moins difficile) de m'offrir de la nourriture à moi-même. Je m'explique: l'autre jour, j'avais du pain rassis, et une envie de pains perdus; je dis d'un ton joyeux à mon mari et mon fils: "Qui veut du pain perdu pour son petit déjeuner?" Tous deux, en choeur: "Beurk, non, je n'aime pas". Mon tout premier réflexe a été de râler ("Bon, pas de pain perdu, c'est dommage, j'en avais envie, moi"), mon second (merci LC!) de me dire: "J'en ai envie, moi, donc j'en fais pour moi". Je l'ai dégusté bouchée après bouchée et j'en garde le souvenir d'un festin. Mais c'est tout à fait nouveau que j'ose gaspiller du temps en cuisine "rien que" pour moi.

Je n'avais jamais songé que la cuisine pouvait bêtement être un laboratoire de créativité. On a peut-être tous besoin de faire des choses avec ses mains (j'ai en plus un métier très intellectuel), et je n'aime ni l'art, ni le jardinage, ni le bricolage. Tout n'est certainement pas à rejeter dans ce plaisir de cuisiner, après tout.

Tout comme toi, j'aime me plaindre, attitude héritée de ma mère (qui a pourtant très très bien vieilli, dans ce domaine, elle se plaint mille fois moins qu'avant). Quand j'ai fait une psychothérapie, la psy m'avait un jour posé la question: "Comment réagirait votre mère si vous arriviez un jour à être vraiment totalement heureuse?" et m'imaginer ça m'avait fait peur, il me semblait qu'elle cesserait de m'aimer ou de s'intéresser à moi. Curieux, non?

Donc encore merci pour tous ces sujets de réflexion à creuser!

Courtepatte.
Abonné

[quote=Rikkibis]

Courtepatte, tu es comme ma mère : mince, mais pas assez à ton goût, et surtout dans un "combat pour la minceur".

[/quote]

Chère chère chère Rikki,

Outre ton amusant "es-tu ma mère?", c'est la phrase ci-dessus qui m'a le plus poursuivie ces derniers jours.

Parce que je me suis dit aussitôt: "Rikki se trompe, je ne suis pas mince".

Puis je me suis plantée devant la glace, et j'ai dû l'admettre: bien sûr que si. S'il y avait un contrôle "anti faux obèses" sur LC, je me ferais éjecter d'office. Je ne suis pas maigre, j'ai des rondeurs pas toujours gracieusement placées, mais je porte du 38 en taille de vêtement, et je crois que personne, à part moi (et mon ex-mari qui m'avait dit un jour "ce que tu deviens grasse, ma pauvre fille", l'humiliation totale!!!), n'irait me qualifier de "grosse". Le maximum qu'on puisse dire de moi, c'est "un peu ronde", et je ne suis même pas sûre qu'à part moi, qui que ce soit le dirait.

Alors pourquoi ce refus de me dire: "je suis mince"?

Et tout à coup j'ai compris.

Je suis mince, mais je ne suis toujours pas belle. Et il va falloir vivre avec ça. Et jusqu'à présent, j'avais cette illusion que si un jour j'atteignais mon poids idéal, je serais belle.

On parle parfois des femmes qui ont peur de maigrir parce qu'elles ont peur alors de devenir séduisantes et d'attirer tous les hommes.

Moi j'ai peur de maigrir et de rester laide (ou en tout cas quelconque) et de continuer à n'attirer personne (attendez, je rassure tout le monde: depuis mes 18 ans, ma plus longue période de célibat a été de 6 mois grand maximum, donc là aussi ce que dirait mon entourage serait bien différent de ce que je raconte moi. Mais j'ai quelque part des fantasmes totalement idiots où tout homme croisant mon regard tombe aussitôt éperdument amoureux...).

Je voudrais illustrer ça par une petite histoire: quand j'étais au lycée, nous avions une copine atteinte de strabisme. Elle était bien évidemment moche, mais personne ne lui en tenait rigueur, car comment voulez-vous être jolie si vous louchez? Et puis un jour, elle a pu se faire opérer. Et quand elle est revenue, on a été vraiment gênés, car on a bien dû constater qu'elle ne louchait plus... mais qu'elle était toujours moche. Et en plus sans "excuse", cette fois - je devrais plutôt dire, sans "bénéfice du doute".

Voilà, c'est ça que je redoute de perdre: le bénéfice du doute.

45 ans, et je n'avais jamais réalisé cela. Je ne sais pas ce que je vais en faire (Zermati en parle quelque part, non? qu'on peut apprendre à s'accepter, voire même à s'aimer, même sans se plaire? ça dit quelque chose à quelqu'un?), mais ça me bouscule vraiment. Et rien que pour ça, c'est vraiment une grande chance que tu sois revenue sur le site, Rikki!

Courtepatte.
Abonné

[quote=Isana]

 Et petit à petit, je me suis dit "tout ça pour ça ??" ... passer à côté de la relation, de liens authentiques et profonds, pour de beaux détails d'appart ??  Non. 

[/quote]

C'est quand même un des plus beaux cadeaux de l'âge qui avance, je trouve, c'est de s'affranchir des convenances et de pouvoir privilégier la relation plutôt que les conventions.

Mini anecdote à ce sujet: il y a bien longtemps, dans une autre vie, jeune mariée, avec mon premier mari, nous avions l'habitude de longues grasses matinées. Un samedi matin, sur le coup de 11 h, on sonne à la porte. Je vais ouvrir, en peignoir (pas sexy du tout!) et me trouve face à deux copains de mon mari que je connaissais à peine et qui me disent, l'air accablé: "nous revenons de l'enterrement de la femme de X, et comme c'était ici tout près, on s'est dit qu'on pouvait donner un coup de sonnette" (X était un autre copain assez lointain, dont la toute jeune femme venait de mourir de façon tout à fait inattendue).

Pendant quelques secondes, j'ai été affolée: j'étais en pyjama, pas coiffée, pas maquillée; la maison était dans un état épouvantable; je n'avais pas fait les courses; tout était en désordre, mal tenu, pas rangé, ni nettoyé, bref, la pagaille totale. Et je les connaissais à peine, ces deux-là!

Puis l'humain a Dieu merci repris  le dessus: j'ai ouvert la porte en grand; j'ai vite débarrassé les fauteuils et le divan pour qu'ils puissent s'asseoir. J'ai mis du café en route. Quand ils ont eu leur tasse de café, j'ai vite été enfiler une robe et me donner un coup de peigne. Entre-temps, mon mari s'était levé. Nous les avons écoutés raconter l'enterrement, parler de ce qu'ils avaient vécu. Puis parler des bons moments qu'ils avaient eus avec X et sa femme. Commencer à raconter des choses comiques; se mettre à rire timidement. Une histoire en appelait une autre; on se racontait des histoires d'étudiants, de voyages, de soirées, de beuveries. J'ai proposé d'improviser un repas; ils ont accepté avec reconnaissance. On a mangé nos spaghettis-beurre-fromage râpé en ouvrant une bouteille de vin. Et quand ils ont quitté ma maison, ils s'étaient débarrassés de la "poussière de cimetière" qui leur collait à la peau.

Je suis reconnaissante à l'existence pour cette leçon de vie.

[quote=Isana]

J'ai énormément de mal avec les cadeaux : j'adore en donner, mais je ne sais pas les recevoir ... je pense ne pas les mériter ... pourquoi ?

[/quote]

Pareil, quand j'y pense. Sauf que j'ai souvent des angoisses existentielles quand je donne un cadeau, j'ai toujours peur d'avoir mal choisi et de ne pas vraiment faire plaisir. Et recevoir un cadeau me gêne toujours un peu. Même recevoir un compliment me gêne, je réponds souvent "Oh vous savez, je n'ai aucun mérite..." Du coup, maintenant, je m'exerce à répondre: "Merci, ça me fait très plaisir, ce que vous dites là". Et ce n'est pas si facile, mais quand j'y arrive, le compliment me fait vraiment du bien!

Courtepatte.
Abonné

[quote=izabelle]

et je dois me faire grande violence, quand je vais voir des amis pour ne pas leur  apporter des douceurs, des desserts, etc....

ou alors quand je recevais c'était plat maison + dessert maison à chaque repas

et épuisement à la clé quand c'était plusieurs jours de suite.....

je me suis lancée des petits défis, ne plus apporter de dessert, ou encore servir des yaourts en dessert à mes invités (la première fois c'était hyper hyper dur).....  et j'ai vu que ça ne changeait rien....

[/quote]

Pareil que toi, il faut toujours que je propose d'apporter quelque chose, c'est maladif! (j'ai lu une fois sur le site "VDM - vie de merde": "Aujourd'hui, j'ai été invitée à dîner par des copains; quand j'ai demandé à ma copine: "Tu veux que j'amène quelque chose?",elle m'a répondu: "Oui, le dîner". Ca finira bien par m'arriver à moi aussi, ça!!!)

Et cette histoire d'épuisement ou d'énervement alors que recevoir des gens devrait être un plaisir, je m'y retrouve tout à fait.

Bon, je devrais me lancer des défis, moi aussi. Mais rien qu'à te lire, j'en ai des sueurs froides! Alors c'est pas gagné!

Rikki.
Ancien abonné

Courtepatte, je comprends tout à fait ce que tu veux dire. 

C'est "facile" d'être moche parce qu'on est grosse, ou parce qu'on louche, ou parce qu'on a le nez trop grand, ou parce que... bref, d'être moche, mais pas parce qu'on est moche. 

Je suis moi-même capable d'être très moche, mais aussi d'être très belle et ça ne vient pas du tout ni de mon poids, ni de mon nez, ni de mes yeux, ni d'aucun élément, mais ça vient purement et simplement de mon état intérieur. Avant-hier, j'étais d'humeur radieuse, il faisait beau, tout me réussissait, j'avais résolu un gros problème professionnel, bref, je me sentais "la reine du monde". 

J'ai été sidérée, malgré mon obésité et tout le reste, de croiser des sourires charmeurs, voire légèrement insistants, de messieurs dans la rue ! 

 

Dis-moi si je suis totalement hors sujet, mais ça me fait penser à autre chose : les gens en couple sont toujours plus beaux que les autres, tu n'as pas remarqué ? C'est d'être en couple qui les rend beaux, moi je crois. 

 

 

Tu es moche, Courtepatte ? Bien sûr, bien sûr, tu es "moche" au même titre que tu es "grosse" : dans ta tête ! 

Courtepatte.
Abonné

[quote=Patience]

C'est ma façon à moi d'aboyer parce que j'ai peur qu'on ne m'apprécie plus autant qu'avant...

[/quote]

Oh, je ne suis donc pas le seul petit roquet sur terre? (les roquets ne sont-ils pas eux aussi "courts sur pattes"?)

Tu as raison, si j'aboie, c'est parce que j'ai peur qu'on cesse de m'apprécier.

Je n'avais jamais réalisé ça, j'ai toujours dit: "Ben oui, j'ai mauvais caractère, je suis hargneuse et colérique, c'est comme ça".

En fait, j'ai peur... Tu as raison... Merci beaucoup pour ce commentaire!

liegama.
Ancien abonné

J'ai beaucoup aimé lire tous ces posts.

Je me suis pas mal retrouvée : cuisinière-pour-les-autres-repentie!

En effet, j'ai arrêté d'utiliser la cuisine et les cadeaux pour "acheter" l'amour et la reconnaissance des autres. 

Je sais d'où vient ce problème, ma mère, incapable d'amour m'a toujours fait passer le message que l'amour c'était "avec conditions", donc il faut "faire" pour être aimé. D'où la cuisine, les cadeaux et l'épuisement de "trop faire" pour les autres. 

C'est la RPC qui m'a aidé à commencer à me réconcilier avec moi même, pour peu à peu réaliser et faire le deuil du fait (avec une immense tristesse) que je n'ai jamais reçu d'amour de mes parents; mais également que je peux survivre à ça, que j'ai pas besoin pour compenser que la terre entière m'aime et que je peux essayer de m'aimer un peu moi même. Je pense de plus en plus qu'on a souvent peur de notre lumière.

C'est Mandela qui disait : ""Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur, notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au delà de toute limite. C’est notre propre lumière et non pas notre obscurité qui nous effraie le plus. Nous nous posons la question : “ Qui suis-je, moi, pour être brillant, talentueux et merveilleux ?” En fait, qui êtes-vous pour ne pas l’être ? Vous êtes né de la lumière. Vous restreindre et vivre petit ne rend pas service au monde. L’illumination n’est pas de vous rétrécir pour éviter d’insécuriser les autres. Nous sommes nés pour rendre manifeste la puissance divine qui est en nous. Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus : elle est en chacun de nous, et tandis que nous laissons briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même. En nous libérant de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres..."

capuccino
Marraine

Merci Courtepatte d'avoir lancé ce sujet si riche de tous ces échanges.

Je me suis battue contre mon poids toute ma vie durant (ou presque) et j'avais réussi cahin-caha à me maintenir dans une zone de "normalité". Je me voyais grosse, je ne l'étais pas avec quand même en toile de fond cette privation perpétuelle et cette envie un jour de manger les aliments qui me faisaient envie, plaisir...

Depuis que j'ai lâché le contrôle de mon poids, les kilos m'ont envahis sans que je puisse lutter et chaque kilo pris réveillait en moi la même question "pourquoi"? 

Pourquoi cette impossibilité de maintenir ce cap qui avait été le mien depuis si longtemps, c'est à dire, celui des régimes et de la restriction ? Mes variations de poids restaient malgré tout de l'orde d'une taille de vêtement, pas plus même si j'étais encore dans l'attente du poids de la minceur qui m'apporterai le bonheur tant espéré.

Et puis tout à coup, à la lecture de tous ces échanges, je sens confusément que la réponse est là à portée de pensée. Et je me revois, au travail, envier mes collègues qui dégustent ou dévorent  les merveilleuses pâtisseries que je leur ai confectionnées et auxquelles je ne touche pas bien que j'en crève d'envie. Je crie haut et fort que je n'aime pas ça ou que je ne me l'autorise pas, c'est selon. Je me revois encore dire en plaisantant que je m'en fous car quand  je serai vieille je me goinfrerai de gâteaux et que je mangerai tout ce dont je me suis privée toute ma vie durant.

Et puis tout à coup alors que je me sentais jeune encore, à l'occasion de la sortie d'un texte législatif sur la retraite, j'ai senti que quelque chose clochait. On me parlait de retraite, alors que dans ma tête j'avais encore le temps...Serais-je donc plus vieille que je ne le pensais ? Et puis la ménaupose est arrivée confirmant ce que je redoutais :  "je vieillissais".

Et puisque je vieillissais, il ne restait plus qu'à faire ce que j'avais toujours dit "ne plus lutter et grossir". C'est un peu comme si pour moi, il y avait eu un âge pour être mince (m^me si je ne sais pas que je l'étais) et un âge pour être grosse.

Et ce soir, je ne sais pas ce qui est le plus douloureux.

AMRITA.
Abonné

Merci pour ce texte de Mandela Liegama.

La peur fait partie de nos 5 dysfonctionnements qui nous pourrissent la vie. Qui parle à travers la peur ? Notre égo pardi ! C'est lui qui a avant tout peur de mourrir, de ne pas être reconnu, ne pas être vu, admiré, encensé. Il a toujours besoin de se sentir aimé, adulé ou détesté pourvu qu'on s'occupe de lui et qu'on lui laisse la première place. Une place qu'il garde contre vents et marées et nous rend tous  plus malheureux qu'une pierre.
 

D'ailleurs c'est idiot de dire ça, les pierres sont sans doute très heureuses

En nous libérant de la peur, de toutes les peurs, nous naissons à nous mêmes. Je crois que ça vaut le coup de découvrir qui nous sommes réellement et nous pourrions être sacrément surpris

 Tu dis qu'enfant tu n'as pas reçu l'amour de tes parents. Peut être que c'était leur façon de t'aimer, peut être qu'eux mêmes ont été aimés ainsi et c'est tout ce qu'ils sont capables de transmettre. Il y a plusieurs façons d'"aimer et on n'est pas forcément synchro. Après il y a la haine, on peut être entouré de haine là cest autre chose

Mes parents non plus n'ont pas été les parents que j'aurai aimé avoir qui ne m'ont pas aimé comme j'aurai voulu. Il n'empêche qu'eux m'aiment énormément. Même si enfant je me suis pris des tas de raclées franchement pas méritées. Mais c'est tout ce qu'ils savaient faire pour nous montrer qu'ils nous aimaient. Idiot hein ? 

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