Bases théoriques du "traitement" des EME - 05102011

Anick.
Abonné

Bonjour!

J'aimerais savoir sur quoi se basent le "traitement" des EME que vous proposez. Clairement, pour moi, les EME sont le problème, et non plus la restriction cognitive comme ça a été longtemps le cas. Pourtant, la pratique de la méditation, limitée je l'avoue, ne m'aide pas vraiment pour l'instant.

Quelles sont les bases théoriques de votre modèle? Est ce qu'il y a des études qui se font sur l'utilisation de la pleine conscience avec les troubles alimentaires? Je suis étudiante en psycho, et j'avoue que j'aimerais en savoir plus; je crois que ça m'aiderait à pouvoir appliquer ce que vous enseignez ici.

Connaissez vous la thérapie ACT? Si oui, pensez vous que ça pourrait être une alternative ou une addition intéressante?

Merci!

Anick

Commentaires

JOEL.
Ancien abonné

Anick

Ta question me semble bien technique et je t'encourage à la poser lors des tchats du Mercredi soir avec JP Z et G A. Je ne peux pas y participer en direct mais je les relis après coup et il y a plein de questions pointues qui nous font progresser dans la compréhension de la méthode.

Pour ma part je trouve beaucoup de points de référence entre la méthode de coaching et les pensées philisophiques de Comte Sponville par exemple . J'ai relu son "petit traité des grandes vertus" et sans doute à la lumière de ce que je vis avec la méthode de coaching, j'ai vu plein de similitude sur la bienveillance, le désir ou l'espérance... qui m'incite à me refocaliser sur la réalité et ne pas imaginer par exemple des choses qui ne sont pas et qui altèrent notre jugement.

Je suis donc preneur aussi de la réponse à ta question par nos medecins ....

Lyphaé.
Abonné

De mon côté, j'ai lu un livre sur la méditation très bien fait qui explique la "théorie". Et ça m'a vraiment bien aidé. Comme si j'avais besoin de comprendre pour parvenir à mettre tout ça en pratique. Je croise les doigts pour que ça continue mais depuis que j'ai lu ce livre et compris le sens de la RPC, j'ai eu des émotions très violentes que j'ai géré sans manger. Je pense avoir "compris le truc", enfin j'espère, et c'est lié à la théorie. Peut-être qu'un livre sur la méditation peut t'aider ? (Il y a plusieurs références sur un sujet du forum).

jpzermati
Votre coach

Bonjour Anick,

Votre question est très intéressante. Voici un court article que j'ai récemment rédigé pour le journal du GROS qui répondra peut-être à vos interrogations.

L’impulsivité alimentaire.

Nous savons aujourd’hui traiter la restriction cognitive. Nous avons appris à substituer au contrôle mental du comportement alimentaire un contrôle par les sensations alimentaires qui sont la véritable expression des besoins de l’organisme.

Reste à relever un immense défi : comment résoudre la question de l’impulsivité alimentaire qui se définit par le fait qu’une émotion entraine de façon réflexe une envie de manger (Emotion -> Envie de manger -> Manger). Comme le chien de Pavlov conditionné pour avoir envie de manger quand il entend retentir la cloche, nos patients sont conditionnés pour avoir envie de manger quand ils entendent retentir le bruit d’une émotion.

Ce mécanisme, conséquence d’un conditionnement opérant, résulte d’un renforcement négatif : l’ingestion d’un aliment riche parvient à soulager momentanément un état de tension émotionnel. Le comportement d’ingestion ainsi renforcé, le patient développe une dépendance comportementale à l’égard de l’aliment. Plus le patient sollicite ce mécanisme, plus  la dépendance s’accentue et plus la réponse alimentaire survient pour des émotions de faible intensité. Le mécanisme est aggravé par le fait que la réponse alimentaire induit elle-même des émotions négatives liées à la perte de contrôle et à la prise de poids. Du fait du processus impulsif, ces émotions négatives accentuent les envies de manger. Le patient est piégé dans un cercle vicieux qui augmente son intolérance émotionnelle et ne parvient plus à supporter ses situations d’inconfort émotionnel.

Face à ce cercle vicieux, la réaction la plus spontanée consiste généralement à tenter de réduire les déclencheurs émotionnels ou à tenter de lutter contre les envies de manger. On s’engage dans les deux cas dans une lutte souvent vaine dont il est rare que l’on sorte vainqueur.

Il est  pourtant possible d’envisager une autre alternative qui consisterait à augmenter la tolérance du patient à ses inconforts émotionnels. L’entraîner à mieux supporter ses émotions, lui apprendre à les observer sans chercher à s’y soustraire, notamment par des prises alimentaires.

Pour utiliser une métaphore, nous pourrions imaginer nos patients engagés dans une fuite en avant pour tenter d’échapper à une vague émotionnelle qui les poursuit. Malgré tous leurs efforts, ils finissent toujours par être rattrapés et submergés par cette émotion. Une autre solution serait d’arrêter de courir et de se retourner pour faire face à la vague, l’observer venir et la laisser passer. Mais résister à la force d’une vague sans être emporté par celle-ci n’est pas si simple. C’est à ce moment qu’il faut pouvoir disposer de ressources, ou en construire de nouvelles, afin de se maintenir, sans chercher à s’enfuir, dans cette situation d’inconfort émotionnel.

La pleine conscience nous entraine à observer et accueillir nos émotions. Cette technique nous apprend à détecter les sensations physiques et les pensées désagréables qui les accompagnent, à les observer avec une curiosité détachée et sans jugement. Elle nous permet ainsi de nous maintenir dans des situations d’inconforts physiques et émotionnels et d’augmenter ainsi notre tolérance à ces situations.

Les programmes de thérapie basés sur la pleine conscience sont validés pour de nombreuses indications et présentent des résultats intéressants. Ces programmes ne sont actuellement pas adaptés pour être appliqués tels quels aux troubles du comportement alimentaire. Ils constituent néanmoins une piste très sérieuse de réflexion pour la prise en charge de l’impulsivité alimentaire. Les premières tentatives engagées dans ce sens me semblent suffisamment prometteuses pour être poursuivies et conduire à la mise en place de cadres thérapeutiques plus rigoureux. Le cadre théorique dont nous disposons nécessite maintenant d’être soumis à l’épreuve du cas clinique pour aboutir à un modèle facilement reproductible. Je pense que nous tenons là un outil qui pourrait se révéler d’une grande puissance mais qui nécessite encore d’être approfondi. Affaire à suivre…

 

Nous travaillons donc actuellement à développer de nouveaux outils qui permettront d'augmenter la tolérance aux inconforts émotionnels et que nous installerons prochainement sur le site.

Pour le moment, il est important d'insister sur al nécessité de travailler tous les exercices de pleine conscience en portant son attention sur les inconforts physiques qui pourraient les accompagner. C'est pourquoi nous recommandons d'ailleurs de les pratriquer en position assise.

Il existe déjà des études qui montrent que la pratique régulière de la pleine conscience permet de réduiire de 25% les apports caloriques et est plus efficace que des techniques simples de relaxation. D'autres études ont montré une réduction des effets du cortisol et de la graisse abdominalle qui est à l'origine des complications métaboliques du surpoids. Enfin les effets de la pleine conscience ont été particulièrement observés sur les ruminations/obsessions et l'impulsivité de manière générale. On l'utilise aujourd'(hui dans la réduction du stress chronique, la prévention des rechutes dépressives, le traitement des personnalités borderline, la douleur chronique, les acouphènes...

Par ailleurs, la thérapie ACT est une thérapie avec laquelle nous rencontrons beaucoup d'affinité. Elle fait partie intégrante de la formation actuelle des praticens du GROS. Comme vous le savez, elle s'appuie notamment sur l'acceptation émotionelle. Nous entretenons des échanges réguliers avec les thérapeutes ACT.

 

JPZ

Pomdereinette.
Abonné

Merci pour la question, et la réponse. J'y penserai, entre deux brasses coulées :-)

amie35.
Ancien abonné

Merci à celle qui a initié la question et Merci à vous Dr Zermati de votre réponse parce que vous décrivez raisonne en moi; C 'est trés encourageant de savoir que vous continuez à chercher des réponses à des problèmatiques et qu'ils seront bientot présent pour le site.

Je n'ai pas perdu de poids mais cela donne de l'espoir, le bilan se fera au terme des 6 mois.

Merci pour votre travail que vous avez déja accompli et à celui qui reste à découvrir

JLM

savylaeti.
Abonné

Merci pour cet article et les informations complémentaires. Tout cela est fort intéressant et fort encourageant. Je me remets à la RPC plus que jamais!

Savylaeti

Anick.
Abonné

Merci Docteur!

Puis-je vous confier un truc? Certaines personnes critiquent le fait que ce site ne soit pas "personnalisé". Eh bien, je ne suis pas du tout d'accord.

Je suis suivie par une clinique spécialisée dans les troubles alimentaires et référée par le GROS, avec une diététiste et une thérapeute qui prennent plein de temps pour moi toute seule. Eh bien, je n'y trouve pas mon compte autant que sur ce site, qui contient tous les exercices qui m'aimdent à avancer, mais aussi ce coté personnalisé grâce au temps que vous investissez sur ce forum et sur les chats. J'ai énormément de respect pour votre travail, pour l'empathie que vous y mettez et pour la compétence de pointe qui transparaît de vos interventions. Vous me gagnez aussi à rester à l'affut et à continuer de chercher des pistes de solutions!

Alors je vous remercie pour tout cela, et j'espère bien un jour pouvoir être la preuve vivante de ce de quoi je suis déjà convaincue: votre méthode fonctionne, en plus d'être franchement libératrice!

Lee-lix.
Abonné

[quote=Anick]

Merci Docteur!

Puis-je vous confier un truc? Certaines personnes critiquent le fait que ce site ne soit pas "personnalisé". Eh bien, je ne suis pas du tout d'accord.

Je suis suivie par une clinique spécialisée dans les troubles alimentaires et référée par le GROS, avec une diététiste et une thérapeute qui prennent plein de temps pour moi toute seule. Eh bien, je n'y trouve pas mon compte autant que sur ce site, qui contient tous les exercices qui m'aimdent à avancer, mais aussi ce coté personnalisé grâce au temps que vous investissez sur ce forum et sur les chats. J'ai énormément de respect pour votre travail, pour l'empathie que vous y mettez et pour la compétence de pointe qui transparaît de vos interventions. Vous me gagnez aussi à rester à l'affut et à continuer de chercher des pistes de solutions!

Alors je vous remercie pour tout cela, et j'espère bien un jour pouvoir être la preuve vivante de ce de quoi je suis déjà convaincue: votre méthode fonctionne, en plus d'être franchement libératrice!

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J'ai posté sensiblement le même commentaire sur un autre site (Vivelesrondes) car beaucoup de personnes craignent l'aspect "impersonnel" du site Linecoaching (oui, je fais de la pub!). Je suis convaincue tout comme toi (et pour avoir aussi tenté la thérapie du gros avec un praticien "live") que le site est bien plus efficace et porteur de contact humain !

 

D'ailleurs, merci infiniement à tous ceux qui sont à l'origine de cette merveille :) bravo, vous êtes utiles, très utiles aux autres. La grande classe.

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