Comment protéger mon enfant? - 10022015

Stéphanie31.
Abonné

Bonjour,

je me demander quel conseil vous pourriez me donner pour que je ne "contamine" pas ma fille avec mes problèmes alimentaires?

Je vous pose la question car je tiens ma propre mère en grande partie pour responsable de mon état actuel.

En effet, ma mère a passé sa vie au régime, à faire attention à ce qu'elle mange, à trier les bons aliments et les mauvais, à culpabiliser lorsqu'elle mange quelque chose qu'elle considère comme banni. Bref, elle est toujours aujourd'hui à 70 ans en pleine restriction cognitive.

Enfant, je n'entendais à la maison que des histoires de "maigrir", de "faire attention", de "faire de la gym pour avoir une belle silhouette", de "pas de bonbon, ça fait grossir", etc, etc. Ma mère a d'ailleurs essayé tous les régimes, s'est faite prescire des extraits thyroidiens pour perdre du poids alors qu'elle n'en avait pas à perdre et m'avait même pris une plaquette d'isoméride à l'époque ou mon généraliste m'en avait prescrit.

Alors que je n'avais pas de problèmes de poids, je me trouvais trop grosse et j'ai même retrouvé par hasard un journal intime ou à 11 ans, j'écrivais que je devais faire un régime et ou je me faisais des plans alimentaires. A 11 ans...

Je considère avoir été contaminée par ma mère. Ma soeur par contre, qui a une nature différente, n'a pas vécu cela de la même manière. Elle est du genre a avoir l'appetit coupé lorsqu'elle est angoissé, alors elle avait plutôt tendance a être trop maigre que trop grosse. Par contre, elle a été contaminé par l'orthorexie maternelle et classe aussi les "bons aliments" des mauvais, et commente sans arrêt ce que mange les gens autour d'elle.

Bref, je pourrai en écrire un roman sur ma mère et les régimes.

Voilà, je ne voudrai surtout pas reproduire ce schéma avec ma fille. Elle a 3 ans et ce n'est pas une gourmande. Elle est même plutôt difficile à table et les aliments qu'elle mange se comptent sur le doigts de la main. Elle tient de son père de ne pas être une aventurière du goût et refuse systématiquement de gouter quelque chose de nouveau (ou de couleur, autant dire qu'elle ne mange absolument aucun fruit ni légume!). Elle régule naturellement sa faim et est capable de laisser la moitié de son bol de pates ou d'en réclamer un second. Je ne la force jamais à manger et si redemande, je la ressers. Par contre, si le contenu de son assiette ne lui plait pas et qu'elle fait une colère, je ne change pas le menu et elle part au lit le ventre vide.

Je ne parle jamais de régime devant elle. Je ne dis jamais que quelqu'un est gros pour le décrire et encore moins qu'il est gros parce qu'il a trop mangé. Ma mère à d'ailleurs tendance à faire ça avec elle - on s'est d'ailleurs disputées parce qu'elle racontait une histoire à ma fille ou la petite héroine qui a 4 ans est dessinée avec un petit bedon et ou ma mère commentait les illustrations en disait "ah! c'est normal qu'elle soit si grosse avec tous les gateaux qu'elle mange"...

Je pense bien faire, mais parfois je suis à cours d'argument. Quand elle me réclame des bonbons, des gateaux, du chocolat en dessert alors que je lui propose une compote ou un fruit, je me surprends à lui dire "non parce que ce n'est pas bon". Parfois je lui propose des marchés ou elle a droit a un bonbon si elle accepte de gouter un légume (qu'elle fait tout de suite, cette chipie). Mais je n'aime pas ce genre de comportement. Pour être en bonne santé il faut manger de tout et se faire plaisir. Mais qu'est-ce que je peux dire à une petite fille de 3 ans qui ne veux pas manger de carottes rapées et qui réclame un gateau au chocolat en dessert?

Même si mon obésité de m'empeche pas de vivre, je ne le souhaite à personne et surtout pas à ma fille. Qu'elle ne commence jamais à mettre le doigt dans l'engrenage des régimes, qu'elle ne se dise pas en se regardant dans un miroir qu'elle est grosse alors qu'elle ne l'est pas, qu'elle ne se lève pas chaque matin en montant sur sa balance et qu'elle ne pleure pas parce qu'elle a avalé compulsément un paquet de gateaux en cachette.

Alors je vous remercie pour les conseils que vous pourriez me donner.

Je vous remercie

Stéphanie

Commentaires

izabelle
Animatrice forum

pour te rassurer Stéphanie, j'ai moi-même été élevée par une mère en pleine restriction cognitive

mais connaissant cette approche-ci  déjà avant d'avoir un enfant, depuis qu'elle est petite, je respecte la régulation naturelle de ma fille, ce qui ne m'empeche pas de l'éduquer néanmoins

j'ai appris à ma fille :

- à se garder de l'appétit pour le repas

- que le sucré, c'était la note de faim, mais pas l'essentiel du repas

à 18 mois  elle a refusé tous les fruits et les légumes en bloc,  il a fallu patienter et les réintroduire peu à peu,  par petites touches, sans jamais forcer, mais en lui demandant d'élargir sa palette alimentaire

aujourd'hui elle a 11 ans, elle mange de tout,  elle est très mince en ne controlant absolument rien du tout, juste en respectant son appétit   (pour tout dire, elle aimerait être moins mince, mais je lui apprends aussi à accepter son corps tel qu'il est car c'est très bien comme ça,  et un peu vent debout contre les médecins qui lui "reprochent " d'être trop mince, mais pourtant sa courbe de poids est tout à fait régulière)

néanmoins parfois elle le dépasse par gourmandise (son appétit), mais par la suite elle attend tout naturellement d'avoir faim

ses copines ne comprennent pas comment elle fait pour manger à sa faim, mais c'est en fait qqchse d'inné   que j'ai juste  "préservé"

notamment contre ma propre mère  qui s'échine à lui couper l'appétit pour diner en lui proposant des crèpes à 18h.....

heureusement c'est bien l'éducation des parents qui prime et si elle se laisse tenter par les crepes, eh bien ensuite elle ne dine pas

tant et si bien que j'ai décidé que le samedi  elle ferait un gouter-diner chez sa mamie, comme ça tout le monde est content....

 

 

tout ça pour dire ne t'en fais pas,  préserve la régulation naturelle de ton enfant   en ne l'obligeant jamais à manger

mais...

n'hésite pas tout de même à l'éduquer pour :   ne pas se couper l'appétit,

et  en plus, si tu veux, moi je l'ai fait avec ma fille  à savoir doser son repas  pour avoir faim en même temps que les autres (l'appétit prévisionnel, bon pas à trois ans bien sure)

 

comme c'est naturel, pour la plupart des enfants ça se fait tout seul*

de plus j'ajoute que lorsque ma fille me demande un troisième biscuit, je lui demande si c'est par faim ou par gourmandise

cela lui permet de s'interroger sur ses sensations....

et si elle me répond  "par gourmandise"  eh bien bien sûr je lui donne quand même  car ce n'est pas interdit,  je lui demande juste de prendre en compte qu'elle risque d'avoir faim plus tard  au prochain repas

 

et avec tout ça, on a une jeune fille mince, qui ne fait qu'écouter sa faim, et qui trouve totalement "débile"  tous les discours de régime  qui malheureusement courent déjà dans les cours de collège

 

 

 

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*  je précise que ça implique que j'aide ma fille aussi au niveau émotionnel, à gérer son sensibilité autrement qu'en se "calmant" avec du chocolat

moi à l'époque, personne n'était là pour être juste présent, m'aider à comprendre ce que je vivais, il fallait juste que je me "calme"

or à 7 ans, pour me "calmer"  j'ai trouvé le chocolat.....

donc là oui  ma régulation naturelle   a plié bagage    parce qu'il  y avait cette priorité de se calmer  et personne pour m'aider par rapport à cela

Stéphanie31.
Abonné

Merci Iza pour ta réponse.

Je te prends l'argument pour le sucré, bien qu'elle n'abuse pas non plus.

Ca lui est arrivé de réclamer un second gateau mais d'en laisser la moitié parce qu'elle n'avait plus faim. Je suis toujours admirative de voir comment d'un coup, elle arrete de manger. Paf une bouchée et la suivante est de trop! Ca y est, elle est rassasiée et a terminé son repas. Son père est comme elle en fait. Je les admire tous les deux pour ça!

Je vais bien faire en sorte de préserver sa régulation naturelle et j''essayerai d'être attentive aux messages qu'elle recevra de l'exterieur (ma mère, l'école, la télé, les magazines, les medecins, etc...) pour pouvoir la guider.

 

Kaylee
Marraine

Vers 8/10 ans, souvent mon fils n'avait pas faim - le pédiatre que j'avais consulté m'avait rassuré en me disant que les enfants ne se laissent jamais mourir de faim, que quand il aurait faim il mangerait et de ne pas m'inquiéter. Ce que j'ai fait.

Par réaction au mauvais souvenir de ma mère qui interdisait de sortir de table tant que je n'avais pas fini mon assiette, je n'ai jamais forcé mon fils à finir la sienne. Maintenant à 29 ans il est parfaitement régulé, mange quand il a faim, laisse parfois de la nourriture dans son assiette au restaurant, et si le serveur lui demande, interrogatif "ce n'était pas bon ?", il rassure et remercie tranquillement en disant tout simplement qu'il n'a plus faim.

Il lui arrive aussi de se préparer une petite assiette de pâtes à 6 h du matin, parce qu'il part pour un long parcours à vélo pour son plaisir.

Je trouve très judicieux le comportement d'izabelle qui demande à sa fille si c'est par faim ou par gourmandise lorsqu'elle a envie de manger un biscuit, ou autre truc sucré.

Elda.
Abonné

Stéphanie, je trouve que tu gères très bien , sincèrement, même si je comprends ton désarroi.

J'ai deux enfants, deux garçons, un de 14 et l'autre de 6 ans, tous les deux très très minces et élancés. L'aîné surtout, petit, ressemblait à ta fille, il avait un appétit d'oiseau et aimait les pâtes, le riz et les petits suisses. Point. Il lui arrivait de dévorer des biscuits pour le petit déjeuner et le 4 heures, mais vraiment dévorer, genre 20 biscuits dans son choclat au lait. Sinon, il n'était pas vraiment gourmand. J'avais tendance à lui dire, non pas de finir son assiette (trop dur), mais de manger "trois cuillères de plus" parce que, vraiment, il était maigre. J'ai longtemps, longtemps, insisté sur les fruits et les légumes, en lui expliquant que c'était nécessaire pour bien grandir de manger de tout. Alors c'était toujours "2 bouts de tomates / trois fourchettes de salade / 3 cuillérées de petits pois d'abord", et après ce qu'il aimait le plus. Pareil pour le goûter: d'abord une un qaurt de pomme / un peu de poire, trois fraises, et après un sandwich ou un gâteau. Toujours en très petites quantités. Il y a certains légumes qu'il n'a jamais mangé, il les rejette totalement (poivron, chou-fleur, brocoli...). Quand j'ai essayé le coup des 3 cuillères, il a vomi...

Aujourd'hui, je ne peux pas dire qu'il mange de tout, mais il aime certains légumes (et en déteste d'autres, normal), et pratiquement tous les fruits, même si c'est rarement sa première option de menu. Il va quand même, de lui-même, se servir en légumes / fruits. Correct, je crois. Il mange selon son appétit (qui est pas mal fonction, c'est vrai, de ce qu'il y a dans son assiette : mais pour qui n'est-ce pas le cas ?). Parfois il s'enfile des platrées impresionnantes de pâtes carbonara, qu'il peut faire suivre sans problèmes de deux parts de pizzas et de danette à la vanille. D'autres fois, il mange une tomate avec du thon, 3 raisins, et déclare qu'il va exploser. Je laisse absolument faire. Il est toujours très mince, mais très sportif et en pleine forme, jamais malade. Alors que demande le peuple ? 

Mes enfants sont totalement étrangers à tout idée de régime. même s'ils connaissent les problèmes de leur mère, forcément. Mais ils gèrent bien leur choix, et à 100% leur appétit. C'est vrai que ce sont des garçons. Je me demande souvent si j'aurais eu une relation avec une petite fille aussi cool (relativement....). Je crois que j'aurais eu davantage la frousse qu'elle me ressemble...

izabelle
Animatrice forum

je dois dire que je n'ai jamais eu la frousse que ma fille connaisse les mêmes problèmes que moi, car j'étais là pour l'accompagner, lui donner une éducation cohérente sur le sujet depuis sa naissance

par rapport aux discours extérieurs, perso  je les "défais" avec de l'humour, dont ma fille est très cliente

par exemple je lui ai appris à avoir un peu de recul  vis à vis du discours de son papa, qui dit qu'il  "se met au régime" (quoiqu'il a changé de terminologie récemment) et ensuite s'envoie un demi-pot d'omovaltine parce qu'il a faim....

je lui apprends en qq sorte à ne pas prendre les discours au pied de la lettre et de voir les actes. 

pareil pour la grand-mère, quand elle revient de chez elle et qu'elle m'annonce triomphalement qu'elle a gouté de trois crepes au chocolat,  ça la fait rigoler elle-même de constater combien chez certaines personnes, ne pas se couper l'appétit pour diner ne veut rien dire

eh bien elle ne dine pas et puis voilà,   à l'extérieur ce n'est pas tous les jours, donc on peut être très souple

 

alors oui ma fille n'a pas "choppé" mes problèmes alimentaires et le truc qu'on ne voyait pas venir, elle a pris une problématique de son père  qui se transmet génétiquement  mais statistiquement beaucoup moins en père-fille   qu'en père-fils

du coup cétait la surprise..... eh oui,  c'est clair  on n'a pas tous les problèmes,  et souvent finalement ils se pointent là où on ne les attend pas

 

tout ça pour dire que c'est normal de s'inquiéter pour ses enfants, qu'il y a toujours des difficultés de parcours grandes ou petites, qu'heureusment un enfant cumule rarement toutes les problématiques

l'absence de problème alimentaire ne m'a pas empeché de me faire un sang d'encre (et même de prendre 10 kg à une époque) pour ma fille

c'est pourquoi il est important de lacher-prise au maximum et de s'attacher au moment présent,  être présent avec l'enfant, être à ses côtés

et faire confiance aux capacités innés de son enfant, qu'il suffit juste de préserver,  tout en guidant  selon les valeurs que l'on souhaite transmettre

Elda.
Abonné

[quote=izabelle]

et faire confiance aux capacités innés de son enfant, qu'il suffit juste de préserver,  tout en guidant  selon les valeurs que l'on souhaite transmettre

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14 ans passés aux côtés de mes deux schtroumpfs m'ont appris ça, tout à fait : nous devons leur faire confiance. Ils sont bien moins démunis qu'on ne le pense, ils ont en eux toutes les ressources nécessaires. Trop leur donner, trop anticiper, trop les protéger, trop se faire de souci, ça ne les aide pas à trouver leurs forces. 

Maintenant, trouver le juste milieu, juste les guider, ni trop ni trop peu, ça c'est un défi !

Marie99.
Abonné

Bonsoir Stéphanie

 

J'ai 3 enfants, 22,19 et 9 ans. Les 2 grands ont été élevés par ma mère: mixé jusqu'à 3 ans, assiette à finir avant le chocolat, chocolat= récompense, chantage que le frère ou soeur mange l'assiette de l'autre et j'en passe. La grande est au régime permanent, le deuxième obèse. Le 3ième a été élevé par moi: il mangeait olives, pistaches, merguez à 13 mois, solide et seul depuis l'âge de 11 mois, parfois bcp, parfois moins, parfois rien... je suis restée cool, j'ai pas parlé de nourriture, j'ai juste demander de goûter une cuillerée avant de lui donner le droit de décréter si c'est bon ou non. Avant-hier soir, il a commandé une dégustation de plusieurs chocolats et ce matin, ben oui, il n'a rien mangé...et alors. Il est en bonne santé, fait du sport, de la musique etc, et il est mince et musclé....donc

keep cool, laisse, même si à 3 ans, ta fille ne mange que 10 aliments différents, crois-moi, à 15 ans, elle mangera de tout.

 

Bisou

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