Difficulté à laisser - le 15/01/2012

LinouN
Abonné

Bonjour,

Je suis confrontée à une situation récurrente : celle du choix du plat /snack quand je mange en dehors de chez moi... soit souvent pour le repas du midi au boulot et lors de sorties.

Prenons un jour où j'ai envie d'un plat  plus "riche" qu'un autre  : par exemple, choix entre une portion de salade et une portion de pates ou de plat en sauce. Ce jour là, je suis attirée par le goût du plat de pates. Si j'écoute ma faim, je préfère manger une salade, car ce jour là, je sens que je n'ai pas grande faim. Mais si j'écoute mes envie du point de vue des "goûts", c'est le plat de pates qui m'attire.  Un plat avec une bonne sauce cremeuse, du fromage qui file, de bons aromates...

Et voilà ce qui arrive : je crois qu'au fond de moi, je préfère choisir la salade. Certes j'apprécie le croquant les couleurs, mais surtout, je sais que je ne dépasserai pas ma satiété. Alors que si je prends le plat de pates (j'ai essayé), je me retrouve au bout d'à peine un tiers de la portion mangée que je suis rassasiée au niveau du goût. Et là, grand difficulté ...

1) à en laisser car le plat est bon, certes moins bon que les premieres bouchées, mais la sauce reste onctueuse, le plat est chaud, les pates sont al dente... Conclusion, une fois sur deux, je le finis, en me disant que tout ça se régulera plus tard, sauf qu'au final, je mange le repas suivant en ayant à peine faim, alors reporter le problème n'est pas la solution...

2) frustration aussi d'avoir "déjà fini de mangé". Oui, car quelque part, je pense que le fait de manger : macher etc, est un acte en soit qui apporte quelquechose : pour être plus clair, il m'arrive de préféré manger une orange plutot que la boire en jus car j'apprécie le temps que je passe à la manger.... j'espère être clair. Ce que je veux dire : c'est qu'un repas qui tient en 3 fourchettes alors que le reste de la tablée continue de manger, ça frustre.  Regarder les gens continuer de manger...

3) j'ai payé une certaine somme pour ce plat, et j'ai du mal à accepter de le jeter alors qu'une salade aurait "profité" dans son ensemble. Comme la situation est récurrente, dur dur de jeter à chaque fois....

4) Situation quasi similiaire :Au restaurant, si j'ai envie d'un plat puis d'un dessert, difficile de laisser la moitié du plat pour laisser "de la place"( comme le veux l'expression) pour le dessert, car idem : ça revient à laisser 10 euros dans l'assiette :) Alors il m'arrive régulièrement d'opter pour un plat type salade/ ou relativement "léger" pour ensuite apprécier le dessert... Je sais que c'est absurde comme réflexion et pourtant...

Conclusion, ma petite solution pour certains jours est de préparer moi même des plats et les emmener pour le repas du midi au boulot, en ayant choisi mes portions... Mais cette solution ne convient pas pour les sorties au restaurant ni pour les plats que j'achete tout prêts.

Petite précision au passage : j'ai été bien incapable de faire l'exercice de fractionnement de la nourriture dans le programme est je suis passée aux suivants.. et j'en suis à celui du bodyScan.

Merci de votre réponse, et merci beaucoup pour votre travail, votre approche, et les outils que vous mettez en place pour faire évoluer le monde de la nutrition en général, et pour nous aider dans notre relation à la nourriture !  Chapeau !

Line.

 

Commentaires

Marielle.
Abonné

Chère Line,

Ton post m'a vraiment intéressée, sans doute parce que je pense être dans un cas similaire au tien (je "bloque" depuis plusieurs semaines sur l'exercice du fractionnement, j'intellectualise encore fort mes prises alimentaires, j'éprouve des difficultés à laisser un plat inachevé pour des raisons fort semblables à celles que tu décris).

De mon point de vue, ton post pose la question du rôle de nos représentations sur les prises alimentaires et des obstacles que ceci engendre au quotidien. L'importance que j'accorde pour ma part à certaines de mes représentations sur la nourriture est vraiment problématique au sens où celles-ci continuent à primer sur mes sensations. La RPC doit sans doute permettre de prendre pleinement conscience de ces représentations pour qu'elles puissent progressivement se détacher de nos comportements alimentaires, mais cette réponse n'est pas encore pleinement satisfaisante dans mon cas (faute d'une mise en oeuvre plus régulière de la RPC, certainement). J'imagine que le "lâcher-prise"  décrit par plusieurs membres de la communauté, qui les conduit à adopter un rapport régulé avec la nourriture, porte de manière essentielle sur leurs représentations de la nourriture (?)...

Merci d'avoir posé ce message, chère Lise, j'ai hâte de lire les réponses que d'autres utilisateurs vont apporter à ton post !

Bien à toi et à vous tous,

Marielle.

LinouN
Abonné

Merci  beaucoup Marielle pour ta réponse. Qu'entends tu par représentation de la prise alimentaire ?

- Le fait qu'on se conditionne sur la taille d'une portion dans l'assiette ? 

- ou alors, la représentation liée à la problématique de laisser de la nourriture dans son assiette, qui est à l'opposé de ce qu'on nous a appris toute notre enfance ?

Clairement dans mon cas, je peux sentir une sorte de frustration à manger/  ou me rendre compte que je dois manger (du fait de mes sensations) une portions plus petite que les autres personnes atablées...... peut être aussi parce que plus jeune pendant les années collèges-lycée, j'ai commencé une spirale qui m'avait alors amenée à un comportement anorexique en commençant par diminuant drastiquement mes portions....

Je suis désormais loin de cette période difficile, je mange de tout.... mais comme je l'évoquais dans mon précédent message, j'ai encore un grand chemin à parcourir...

bonne continuation à toi !

Line

savylaeti.
Abonné

[quote=Marielle]

De mon point de vue, ton post pose la question du rôle de nos représentations sur les prises alimentaires et des obstacles que ceci engendre au quotidien. L'importance que j'accorde pour ma part à certaines de mes représentations sur la nourriture est vraiment problématique au sens où celles-ci continuent à primer sur mes sensations. La RPC doit sans doute permettre de prendre pleinement conscience de ces représentations pour qu'elles puissent progressivement se détacher de nos comportements alimentaires, mais cette réponse n'est pas encore pleinement satisfaisante dans mon cas (faute d'une mise en oeuvre plus régulière de la RPC, certainement). J'imagine que le "lâcher-prise"  décrit par plusieurs membres de la communauté, qui les conduit à adopter un rapport régulé avec la nourriture, porte de manière essentielle sur leurs représentations de la nourriture (?)...

[/quote]

Oui tout a fait Marielle - tout est lié à nos représentations sur les prises alimentaires - ce que l'on croit qu'on mange en trop ou pas, si ca va nous faire maigrir ou grossir, si ca va nous suffire ou pas, pendant combien de temps etc. - j'imagine que c'est cela à quoi tu fais allusion? Et oui oui oui, le RPC aide ENORMEMENT! Ca nous aide a nous focaliser sur la prise alimentaire elle-meme et comment elle nous satisfait DANS LE MOMENT, ce qui fait qu'on n'a pas a penser si au futur elle se sera averée suffisante ou pas, si au futur on aura de nouveau faim, etc. Rien que le fait de se focaliser sur le present aide a, plus tard, ne PAS se focaliser sur ce qui s'est passé ou pas ni sur ce qui se passera ou pas. Ca aide vraiment a vivre au present et ne pas se prendre la tete (ou moins!) avec ce qu'on a fait ou pas et ce qu'on fera ou pas.

Quand au lacher-prise, oui oui oui aussi (!), je pense qu'il porte sur mes representations de la nourriture. On lache prise au present, du coup on lache prise au passé et au futur.

J'espère que j'ai bien compris ce que tu voulais dire et que ce message va t'aider.

Bon courage et bonne patience!

G.Apfeldorfer
Votre coach

 

Je comprends vos difficultés à abandonner de la nourriture, qui est bonne, que l’on a déjà payée. On voudrait plus de plaisir, mais voilà, notre corps n’est pas disposé à le prendre, ce plaisir, là, maintenant. Car notre corps n’a pas faim, ou bien n’a plus faim. Quelle frustration !

Et puis, aussi, cela fait si longtemps qu’on se prive, et du coup, qu’on bave devant toutes ces bonnes choses. Comme elles font envie !

Merci beaucoup, Savylaeti, pour votre réponse si adéquate. Manger est une activité qui se pratique dans le moment présent, tout comme respirer. On ne mange pas pour le plaisir de tout à l’heure, ou pour le plaisir d’hier.

Pour agir ainsi, il est fondamental de se centrer sur ses sensations présentes, et de défusionner de ses pensées. Des pensées comme : « il y en a qui mangent, et pourquoi pas moi ? » ; « c’est frustrant de ne pas avoir plus » ; « j’ai payé » ; « c’est pas juste », et ainsi de suite. Ces pensées sont intériorisées depuis si longtemps… et elles n’ont pas fini de nous rendre de petites visites. Mais nous pouvons les considérer avec de la distance, sans les prendre pour argent comptant, sans qu’elles nous détournent de notre chemin.

Demain, il y aura encore des bonnes choses. Demain, nous aurons à nouveau du plaisir à manger, et à boire, et à respirer. Quelle chance c’est !

jpzermati
Votre coach

Bonjour Line,

Il semble que vous soyez encore confrontée à plusieurs difficultés : laisser dans son assiette, manger quand on faim, avoir de petits besoins…

Il arrive que vous n’ayez pas très faim et envie de manger un plat riche. Votre faim n’est pas suffisante pour tout manger. Elle vous permettrait de venir à bout d’une salade mais pas d’un plat de pates. Pourtant c’est bien celui-là que vous aimeriez manger.

La salade vous rassure car vous savez que vous ne serez pas entrainée à dépasser votre satiété. Les pates vous inquiètent car vous savez que vous la dépasserez et que vous aurez des difficultés à attendre le retour de votre faim.

Vous avez des besoins moindres que ceux de votre entourage. Pour respecter vos besoins vous devez manger moins qu’eux. Il vous est encore difficile de vous contenter de manger selon votre faim. Voir les autres manger suscite en vous des émotions difficiles.

Comment laisser de si bonnes pates dans son assiette ?

Vous pourriez trouver de l’aide en vous concentrant davantage sur vos besoins. Ils semblent être peu importants. Mais à  quoi bon manger au-delà ? Et envier nos voisins qui ont de gros besoins. Il y a aussi de petits dormeurs qui se lèvent frais et dispos après 4 ou 5 heures de sommeil ? Ils ont dormi leur compte. Vont-ils envier ceux qui ont besoin de dormir 8 heures ? Ce sont ceux qui manquent de sommeil qui envient ceux qui dorment. Vous n’êtes pas dans le manque.

Il est important de d’abord situer la réalité de vos besoins. C’est le but de l’expérience sur le fractionnement. Il est plus facile de laisser de la nourriture une fois qu’on sait qu’on a satisfait ses besoins. Je sais qu’il n’est pas facile de se découvrir des petits besoins quand on s’est toujours vu comme un plus gros mangeur.

Au restaurant, les portions sont standards. Elles sont trop copieuses pour certains, insuffisantes pour d’autres. Doit-on se forcer à finir son assiette du fait qu’on en a payé tout le contenu. Il est vrai que laisser 10 euros partir à la poubelle peut faire mal au cœur. Mais dépenser 10 euros pour s’esquinter la santé, je trouve que ça fait aussi mal au cœur.

Peut-être avez vous encore peur de manquer ? La dégustation permet de profiter de la moindre bouchée. Se servir de petites portions, quitte ensuite à se resservir, permet de se rendre compte qu’on peut toujours accéder à la nourriture. Fractionner ses prises alimentaires permet de se dire qu’il n’est pas si important d’en laisser passer une. Une autre suivra. Et puis s’exercer à jeter la nourriture en trop, tout en sachant qu’elle est disponible à volonté permet aussi de réaliser qu’on ne vit pas dans la pénurie.

Modifiiez la représentation de soi en tant que mangeur est une entreprise ambitieuse qui aboutit à une nouvelle relation avec la nourriture et des changements en profondeur.

Ca vaut le coup !

Marielle.
Abonné

Bonjour à tous,

Un grand merci pour vos éclairages respectifs !

Par "représentation" (mais ce n'était pas clair), j'entendais les croyances, les idées, que je peux avoir sur la nourriture ; ces représentations mentales s'appliquent aussi bien à la quantité de nourriture que je crois devoir manger (ou être en droit de pouvoir manger) qu'au comportement à adopter vis-à-vis de la nourriture ("ne pas jeter celle-ci"). L'emploi du terme de représentation était sans doute impropre du fait qu'il s'appliquait à des discours et des croyances de différentes natures, mais ce que j'essayais de dire, c'est que je n'arrivais pas encore à manger autrement qu'avec ma tête, à me "défusionner" de mes pensées, comme le dit GA, pour me centrer sur les sensations présentes. Et à ce titre, les réactions de Savylaeti et de G. Apfeldorfer sont évidemment très précieuses : vivre le présent actuel, considérer mes pensées avec distance, laisser la place à de nouvelles représentations plus efficaces (le "demain, il y aura encore de bonnes choses") sont autant de perspectives qui devraient me tirer d'issue, pour peu que je les prenne sérieusement en considération...

Encore merci à Line pour son message (mille excuses d'avoir déformé ton beau prénom ;-(,
à tout bientôt,

Marielle.

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