L’hormone GPL-1 et modulation du plaisir à consommer des lipides

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L’hormone GPL-1 et modulation du plaisir à consommer des lipides
La presse s’excite sur des études récemment publiées à propos d’une hormone appelée GLP-1. Qu’en est-il exactement et que peut-on espérer de tels travaux sur le plan pratique ?

Le glucagon-like peptide-1 (GLP-1) est une incrétine, c'est-à-dire une hormone intestinale, sécrétée par certaines cellules de l'iléon, la partie terminale de l’intestin grêle, en réponse à un repas. Le GLP-1 est connu pour faire partie des hormones de la satiété : le tube digestif informe, grâce à cette hormone, les centres nerveux cérébraux en charge du contrôle de l’alimentation  de l’arrivée des aliments dans le tube digestif. Comme il faut du temps pour que le bol alimentaire parvienne dans l’iléon, ce n’est pas ce mécanisme qui peut conduire à terminer le repas, mais il peut agir en modulant les choix alimentaires des repas suivants.

 

Comment cela fonctionne-t-il, dans le détail ? Des études récentes mettent en évidence le mécanisme d’action du GPL-1. L’hormone agirait sur l’un des centres de ce qu’on appelle le système hédonique de contrôle du comportement alimentaire, en l’occurrence le système dopaminergique méso-limbique. Ce centre nerveux contrôle ce que Kent Berridge (2), professeur en psychologie et neurosciences de l’université du Michigan, a appelé le « wanting » alimentaire, que l’on pourrait traduire en français par l’appétence pour un aliment. Le GPL-1 diminuerait l’appétence, c'est-à-dire l’attente d’un plaisir futur lors de la consommation, pour les aliments à haute teneur en lipides. En clair, le GPL-1 rendrait les lipides moins désirables.

Le GLP-1: une bonne solution pour traiter le diabète et le surpoids? 

L’expérience de Ten Kulve et al. (1) était la suivante : elle portait sur 20 patients présentant un diabète de type 2 et en surpoids ou obèses. Pendant 12 semaines, les patients étaient traités pour leur diabète par liraglutide ou bien par insuline, puis pendant 12 autres semaines, ils n’étaient pas traités. On enregistrait leur réponse à la présentation d’images de nourriture 30 mn après un repas au moyen d’une IRM afin de mesurer le degré d’activation des centres cérébraux du plaisir et de la récompense. Le diabète était davantage amélioré avec le liraglutide qu’avec l’insuline après 12 semaines de traitement. Et les patients traités par liraglutide avaient une diminution de l’activation de certains centres cérébraux hédoniques (en l’occurrence le putamen et l’amygdale) lors de présentation d’images de nourritures grasses. Mais après ces 12 semaines, l’effet cessait. Qu’en conclure ? Tout d’abord, que le liraglutide, un nouveau médicament antidiabétique, rend moins appétissant les produits riches en lipides, durant un premier temps en tout cas, ce qui peut induire une perte de poids. Mais aussi que cet effet ne se maintient pas et que la perte de poids est donc toute temporaire. Ce serait, pour les auteurs, la GPL-1 qui serait responsable de cette action. Une autre étude, parue dans Cell Reports, de Xue-Feng Wang et al. (3) va dans le même sens : le GPL-1 agirait sur les neurones dopaminergiques du noyau accumbens et le résultat en serait une moindre consommation de lipides

Alors, se dirige-t-on vers de nouveaux médicaments que l’on pourrait mettre au point selon ces principes ? Rien n’est moins sûr. Car agir sur les circuits du plaisir n’est pas anodin. Certes, la personne qui recevrait un médicament qui augmenterait le taux de GPL-1 aurait moins de désir de consommer des produits lipidiques qui, rappelons-le, sont des aliments particulièrement savoureux dès lors qu’on a faim. Mais on risque aussi de rendre moins désirable tout plaisir, d’avoir un « wanting », un désir, qui s’éteint et pas seulement pour l’alimentaire. N’est-ce pas plus ou moins ce qui est arrivé avec cette molécule, le rimonabant (ou Acomplia®), mise sur le marché voilà quelques années par les laboratoires Sanofi-Aventis ? Il s’agissait au départ d’une molécule qui devait servir comme anti-tabagique avant d’être mise sur le marché comme produit amaigrissant. Et de fait, avec elle, on désirait moins fumer, moins manger, et moins de tout. Ce qui s’est traduit par des dépressions chez les consommateurs et qui a conduit les autorités à faire retirer le produit du marché. Certes, le mécanisme n’était pas le même : le rimonabant agit sur le système endocannabinoïde endogène, qui module l’intensité du plaisir lors de la consommation (« liking » de Berridge). Mais, quoi qu’il en soit, bricoler les centres hédoniques n’est pas anodin.

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Un autre élément à prendre en considération est le rôle que la restriction cognitive est susceptible de jouer dans l’appétence, la désirabilité des aliments. Plus un aliment est interdit, plus on culpabilise, et plus on renforce le désir, le « wanting ». Comme les expériences de Ten Kulve ont été menées sur des personnes obèses et diabétiques, sans doute habituées aux interdits portant sur les aliments gras et sucrés, on peut se demander s’il ne serait pas intéressant de tenir compte de la restriction cognitive et de ses effets sur les centres du plaisir et de la récompense. Citons encore la prise d’aliments lipidique en vue de calmer ses émotions et pensées pénibles, ou « emotional eating ». Là encore, cet aspect là est ignoré dans ce genre d’études.

Au total, à ce jour, en attendant des progrès en matière de neurosciences et de pharmacologie, la meilleur moyen de moins désirer s’empiffrer de gâteaux, de bonbons, de fritures, de viandes grasses, et tutti quanti, est tout d’abord de se débarrasser de toute tendance à se restreindre, à s’interdire des aliments sous prétexte de maigrir. Au contraire, la banalisation des produits gras et sucrés, l’autorisation de leur consommation quand on en ressent le désir, permettent de normaliser ce désir, ce « wanting ». On les consommera alors, sur le mode de la dégustation, en guettant le « liking », c'est-à-dire le plaisir à les consommer, et en observant que ce « liking » diminue progressivement au fur et à mesure de la consommation. C’est ce qu’on appelle le rassasiement gustatif ou en termes scientifiques le rassasiement sensoriel spécifique. On s’arrêtera donc assez vite d’en manger, car n’y prenant plus de plaisir.

Le second élément est bien entendu de s’occuper des envies de manger émotionnelles, et d’apprendre à vivre ses émotions, quelles qu’elles soient, ou apprendre à les calmer avec des quantités minimes d’aliments. Et justement, c’est exactement ce que propose l’approche prônée par LineCoaching. Sans bricoler le moins du monde artificiellement les centres neurologiques du plaisir, mais au contraire en les aidant à mieux fonctionner. Elle est pas belle, la vie ?

 

(1) Ten Kulve J.S et al. Liraglutide Decreases Food Related CNS Activation after Short-Term, but Not after Longer-Term Treatment in Patients with Diabetes. Amsterdam

(2) BERRIDGE, K.C. (1996) Food reward: brain substrates of wanting and liking. Neurosci Biobehav Rev. 20, 1-25

(3) Xue-Feng Wang, Jing-Jing Liu, Julia Xia, Ji Liu, Vincent Mirabella, Zhiping P. Pang. Endogenous Glucagon-like Peptide-1 Suppresses High-Fat Food Intake by Reducing Synaptic Drive onto Mesolimbic Dopamine Neurons. Cells reports, 12, 1–8 August 4, 2015. http://dx.doi.org/10.1016/j.celrep.2015.06.062

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