Les ados à la sauce dukan

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Les ados à la sauce dukan
Les ados à la sauce Dukan : des points au baccalauréat si on maigrit ou si on ne grossit pas, pourquoi est-ce une idée détestable?

Un vent de folie semble souffler avec l’annonce de la sortie du prochain livre du Dr Pierre Dukan.

Notre médecin amaigrisseur se propose désormais de sauver la France, et pourquoi pas, l'Europe et le monde, du « fléau » qu’est l’obésité. Il n’est certes pas le premier gourou qui aura eu cette ambition. Songeons au bon docteur Atkins qui, voilà quelques décennies, aux États-Unis, pourfendait l’industrie agro-alimentaire, les pouvoirs publics, le corps médical, qui n’agissaient pas pour empêcher le bon peuple de consommer force glucides. Atkins expliquait à qui voulait l’entendre, que tous les malheurs de l’humanité, les guerres, la plupart des maladies, la folie, étaient dues à la consommation de produits sucrés. La roue tourne et nous avons droit aujourd’hui aux recettes Dukan.

La perte de poids notée au baccalauréat ?

Rester au bon poids sans sortir du bon indice de masse corporelle, si on a un poids normal, ou bien perdre du poids et se rapprocher du bon IMC donneraient ainsi des points au baccalauréat. On pourra ainsi dire qu’on n’était pas très bon en maths, mais qu’on a pu compenser cette légère déficience grâce à une judicieuse perte de poids.

En voilà, une idée originale ! Quel dommage qu’elle repose sur des présupposés faux et dangereux.

Laisser croire aux ados que l'on peut décider de son poids est illusoire

Tout d’abord, pour le Dr Dukan, chacun serait maître de son poids, pourrait décider du poids qui lui convient. Tout cela ne serait qu’une affaire de connaissances diététiques et de volonté. Rien n’est plus faux. Notre poids d’équilibre, celui que nous faisons quand nous mangeons selon nos sensations alimentaires, c'est-à-dire normalement, est grandement tributaire de notre génétique, de notre évolution pondérale passée et de notre mode de vie actuel. N’est pas mince qui veut. De même qu’on ne décide pas de sa taille ou de la couleur de sa peau, on ne peut décider de son poids.

Oh, certes, chacun, sur une courte période de temps, habituellement de l’ordre de quelques mois, peut maigrir ou grossir volontairement. Mais bien vite, les mécanismes de régulation de la masse grasse interviennent pour corriger l’écart entre les réserves de graisses neurologiquement programmées et les réserves de graisses réelles. On a de plus en plus envie de manger des aliments énergétiques, on finit par craquer, et reprendre le poids perdu. Les études montrent que les choses se passent ainsi dans environ 90% des cas.

La boulimie, le grignotage... appréhender nos émotions autrement

La façon dont nous appréhendons nos difficultés psychologiques et nos émotions est elle aussi un facteur clé. Manger des aliments hautement énergétiques permet de minorer les émotions qu’on estime insupportables, et constitue une forme d’addiction comportementale des plus répandues. Ces envies de manger émotionnelles, qui se traduisent par des compulsions, des boulimies, des grignotages, ou tout simplement une augmentation des quantités consommées aux repas, ne se contrôlent pas à coups de volonté. Elles nécessitent un travail sur soi-même. Ce type de comportement est présent chez 60% au moins des personnes en difficulté avec leur poids et leur comportement alimentaire, et d’autant plus fréquent qu’on aura fait force régimes amaigrissants préalablement.

N’oublions pas aussi la responsabilité de la société, qui soumet les individus à un double message permanent, celui de consommer, de privilégier le plaisir, et celui d’obéir à des injonctions diététiques d’essence puritaine. Comment n’y perdrait-on pas son latin, celui-là même qui pourrait nous donner des points mérités au baccalauréat ?

Culpabiliser les ados en surpoids présente de nombreux dangers

Non, décidément, faire porter à chaque ado la responsabilité de faire le bon poids, et le juger là-dessus, nous semblent constituer une dangereuse injustice.

Dangereuse, car il s’agit en fait de porter un jugement moral. On culpabilisera encore davantage les gros, vus alors comme immoraux, délinquants alimentaires, et on validera encore davantage la stigmatisation et la discrimination dont ils sont victimes.

Dangereuses, car des adolescents, en proie au doute quant à leur valeur, en pleine construction de leur personnalité, s’avèrent des proies faciles pour les marchands de régimes. Et de même que manger compulsivement peut se transformer en addiction comportementale, les régimes ont tôt fait de devenir eux aussi une forme d’addiction : quel que soit le problème, la difficulté rencontrés, un shoot de régime permet de se dire qu’on reprend le contrôle de sa vie, qu’on agit.

Gageons que ce type de mesure pousserait les ados en surpoids, mais aussi ceux qui ont un poids normal, à se mettre au régime, pour perdre du poids ou ne pas en prendre. Le régime du bon docteur Dukan, par exemple, deviendrait un manuel scolaire. Et comment, après avoir perdu, puis repris un certain nombre de kilos, ne seraient-ils pas victimes de troubles du comportement alimentaire, de dépression, de perte de l’estime de soi, et d’un surcroît d’obésité, comme le montrent les études internationales sur le sujet, reprises dans le rapport très officiel de l’Anses de 2010 ?

Nos propositions sont à l'inverse de la méthode Dukan

Ce que nous proposons est l’inverse de la méthode Dukan.

Nous proposons d’éviter tout régime amaigrissant comme la peste, car sur le long terme, ils font plus grossir que maigrir.

Nous proposons de ne pas chercher à discipliner son alimentation et son corps, mais au contraire d’écouter notre faim, notre satiété, nos appétits, de manger pour le plaisir, et de nous arrêter de manger lorsque nous sentons que ce plaisir se termine. Ainsi, nous mangeons ce qu’il nous faut, en quantité et en qualité, sans interdits, sans culpabilisation, sans privation et sans excès. Nous nous dirigeons alors vers notre poids d’équilibre et nous y restons.

Nous proposons aux personnes en difficulté avec leur poids et leur comportement alimentaire de travailler à augmenter leur tolérance émotionnelle, afin de ne pas répondre à toute difficulté par un excès alimentaire.

Nous proposons de se réconcilier avec son corps, car on n’en a qu’un, celui d’aujourd’hui, qui fait de nous des êtres incarnés, vivants.

Nous proposons de nous prendre par la douceur, la gentillesse, avec patience, afin que ce corps retrouve sa forme et ses formes.

Nous proposons de faire tout cela pour nous, pour notre bien-être, pour vivre notre vie du mieux que nous pouvons, sans qu’il soit besoin pour cela de nous donner des bons points au baccalauréat.

Nous encourageons l'autonomie et la capacité à vivre en harmonie avec soi-même et les autres, un tout autre programme!

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