Faut-il maigrir pour avoir un bébé ?

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Faut-il maigrir pour avoir un bébé ?
C'est un conseil que l'on donne couramment aux femmes en surpoids : il faut perdre du poids pour tomber enceinte. Regardons de plus près ce qu'il en est.

Sur le plan statistique, les études ont montré que lorsque l'indice de masse corporelle est supérieur à 27, la femme a trois fois plus de chances d'avoir des problèmes d'ovulation et donc d'être infertile. Lorsqu'il s'agit d'un simple surpoids, c'est-à-dire avec un indice de masse corporelle entre 25 et 27, le risque devient très minime et n'est plus que de 1,2.

Mais une diminution de la probabilité d'être enceinte reste une donnée statistique : de nombreuses femmes qui ont eu plusieurs enfants s'avèrent être obèses, et la plupart des femmes qui sont obèses ont été enceintes.

Pourquoi cette difficulté à avoir un bébé chez les femmes en surpoids ?

Comment s'explique cette difficulté plus importante à ovuler chez les femmes en surcharge pondérale ? On l’explique habituellement par des modifications hormonales. Le tissu adipeux est en effet un site de production et de métabolisation des hormones sexuelles. Le surpoids favorise ainsi le métabolisme des œstrogènes et les transforme en 2-hydroxyœstrogènes, qui sont moins actifs ; d'autre part, l’obésité est souvent accompagnée de résistance à l'insuline et modifie aussi la sécrétion d'une glycoprotéine appelée SHBG (Sex Hormone-binding globulin) qui sert au transport dans le sang des hormones sexuelles et qui inhibe leur action.

Toutes les formes de surpoids sont-elles à mettre en cause ?

Lorsque l'obésité prend une forme dite d’obésité androïde, c'est-à-dire lorsqu'elle est localisée au niveau du ventre, cela s'accompagne d'une augmentation des hormones androgènes, ce qui peut aussi augmenter la difficulté à ovuler de la femme. Lorsque l'obésité et de type gynoïde, c'est-à-dire localisée au niveau des hanches et des fesses, on n'observe pas cet effet.

Par exemple, on a pu observer que lorsque le rapport taille–hanche augmente, ce qui correspond à une obésité de type androïde, le taux de conception par insémination avec sperme de donneurs diminue.

Le syndrome des ovaires polykystiques : le problème de la poule et de l'œuf

Cependant, on a aussi observé que le syndrome de Stein-Leventhal, ou syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), est une cause importante d'absence de règles, d'ovulation, et donc de stérilité. Les causes de ce syndrome sont mal connues. L'origine du trouble est située au niveau de la glande hypophyse et de l'axe hypophyse-hypothalamus et on y observe des troubles hormonaux importants avec une augmentation de l'hormone lutéinisante (LH). Ce syndrome est caractérisé par une obésité de type androïde, une résistance à l'insuline, une tendance au diabète et de la stérilité.

Une étude récente jette un nouvel éclairage sur ce syndrome. Andrew Wolfe, un chercheur de l'université Johns Hopkins de Baltimore, a créé des souris transgéniques ayant le gène du récepteur de l'insuline absent dans l'hypophyse. L'insuline, chez ces souris, n'a donc pas d'effet sur l'hypophyse. Les souris transgéniques, lorsqu'elles ont un régime calorique ordinaire, ne présentent pas de modification de la fertilité. Mais lorsqu'elles sont soumises à un régime hypercalorique et deviennent obèses, elles s'avèrent six fois moins fécondes que les souris minces. Elles deviennent aussi très sensibles à la GnRH (gonadolibérine), ainsi qu'à l'insuline, qui provoquent des pics d’l'hormone lutéinisante (LH). On note donc l'apparition d'un tableau proche du syndrome des ovaires polykystiques.

Au total, il semble donc que le SOPK soit un grand pourvoyeur d'absence d'ovulation et de stérilité, et on peut se demander si les obésités simples, en l'absence de ce syndrome, ainsi qu’en l’absence de résistance à l’insuline, favorisent tant que cela la stérilité.

Maigrir pour augmenter ses chances de tomber enceinte ?

Chez les femmes qui présentent un syndrome des ovaires polykystiques, la perte de poids permet généralement de diminuer le taux d'hormones androgènes circulants. Une perte de poids situé entre 5 et 15 % du poids total permet de rétablir des cycles ovulatoires dans la moitié des cas. La pratique du sport de façon régulière permet aussi de régulariser les taux d'hormones sexuelles.

Même en l'absence de SOPK, la perte de poids, accompagné d'exercice physique, selon une étude australienne, permet une amélioration du cycle et des grossesses spontanées dans 90 % des cas chez les femmes obèses. On pense que cette action favorable est essentiellement due à une diminution de la résistance à l'insuline.

Oui, mais comment maigrir ?

Avant même de penser à maigrir, en cas de surpoids et d'infertilité, il est nécessaire de consulter son médecin, d'entreprendre un bilan hormonal, de rechercher la présence d'un syndrome des ovaires polykystiques ainsi que d’une résistance à l’insuline. Dans ce dernier cas, un traitement adéquat améliore souvent notablement la fertilité.

Comme la plupart des femmes voulant avoir un enfant sont toujours dans l'urgence, on sera tenté d'utiliser des méthodes brutales pour perdre du poids rapidement. Mais les régimes amaigrissants, qui permettent effectivement de diminuer le poids rapidement, ont aussi pour conséquence de conduire à le reprendre tout aussi rapidement. Est-on véritablement gagnant ? Ne risquera-t-on pas de reprendre tout ce poids pendant la grossesse ?

Il nous semble que mieux vaut privilégier les méthodes qui permettent une perte de poids pérenne.

On tiendra donc compte de la présence de troubles du comportement alimentaire, dont il faudra bien évidemment s'occuper. La restriction cognitive, les pertes de contrôle alimentaire et les à-coups que cela engendre, les troubles émotionnels qui conduisent à manger pour calmer ses émotions, sont autant de facteurs qui nuisent à la fécondité.

L'approche Linecoaching est donc la suivante : on apprend à restaurer une relation détendue avec ses aliments, à manger en fonction de ses sensations alimentaires, chaque fois que l'on a faim et pas davantage que son appétit ne nous l'indique. On ne se prive donc de rien de ce que l'on aime, on en profite sans en abuser.

Par ailleurs, n’oublions pas que le désir non réalisé d'être enceinte génère aussi toutes sortes d'émotions pénibles : anxiété, déprime, colère. Et ces émotions donnent souvent lieu à des envies de manger émotionnelles et des pertes de contrôle. À vouloir aller trop vite, on se tire une balle dans le pied !

Les relations entre le surpoids et la fécondité sont donc loin d'être simples. Il ne faut donc pas appliquer là des solutions simplistes, mais pour chaque personne, en fonction de son état hormonal, des différentes maladies et troubles qu'elle peut présenter, des caractéristiques de son comportement alimentaire, proposer une solution acceptable et praticable, en visant le long terme.

 

Bibliographie :

P. Lefebvre, J. Bringer. Obésité et reproduction. http://www.gyneweb.fr/Sources%5Cfertilite/obesite.htm

Claire Peltier, Futura-Sciences. De l’obésité à l’infertilité : la faute à l'insuline. http://www.futura-sciences.com/magazines/sante/infos/actu/d/medecine-obesite-infertilite-faute-insuline-25104/

Bénédicte Salthun-Lassalle. Pourquoi l'obésité rend la femme moins fertile. http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actu-pourquoi-l-obesite-rend-la-femme-moins-fertile-25816.php

Kathryn J. Brothers, Sheng Wu, Sara A. DiVall, Marcus R. Messmer, C. Ronald Kahn, Ryan S. Miller, Sally Radovick, Fredric E. Wondisford, Andrew Wolfe. Rescue of Obesity-Induced Infertility in Female Mice due to a Pituitary-Specific Knockout of the Insulin Receptor. Volume 12, Issue 3, p295–305, 8 September 2010

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