Manger en pleine conscience, présentation du livre du Dr Jan Chozen Bays

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Manger en pleine conscience, présentation du livre du Dr Jan Chozen Bays
Faire la critique d’un ouvrage dont on a par ailleurs écrit la préface, cela permet-il d’être objectif ? Peut-être pas. Mais vous voilà prévenu, n’est-ce pas ? Ce livre traite du comportement alimentaire et du surpoids et propose une méthode de régulation naturelle par la pleine conscience.

La pleine conscience, une solution pour maigrir ?

Ce livre, je l’avais lu dans sa version originale, en langue anglaise, voilà quelques années. Quel plaisir celà avait été ! Quelle joie, de constater que Jean-Philippe Zermati et moi, les membres du Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids, nous n’étions pas seuls au monde ! D’autres personnes, sur la planète, comprenaient la problématique de l’obésité exactement comme nous.

Bon, peut-être est-ce que j’exagère un peu. En farfouillant dans les articles internationaux, nous avions bien trouvé, ici et là, d’autres semblables. Le programme proposé par Jean Kristeller en 1999 (Mindfulness-Based Eating Awareness Treatment), par exemple, qui prônait une alimentation intuitive, où on prête attention à ses sensations alimentaires de faim et de satiété, où on apprend à différencier faim et envie de manger d’ordre émotionnel.

C’est aussi ce que propose le docteur Jan Chozen Bays, qui est à l’origine pédiatre, et qui s’est tout particulièrement intéressée aux troubles du comportement alimentaire et aux problèmes d’obésité. Jan Chozen Bays est bouddhiste, et même professeur de bouddhisme zen. Depuis 2002, elle est abbé d’un monastère zen dans l’Orégon. Autant dire une bouddhiste engagée. Jean Kristeller est elle aussi clairement bouddhiste et propose la même approche par la pleine conscience.

Qu'est-ce que la pleine conscience ?

Ce qu’on appelle la méditation en pleine conscience est en fait un ensemble de techniques empruntées au bouddhisme, tendance vipassana. Cette pratique consiste à regarder les choses telles qu’elles sont, sans jugement de valeur. On focalise délibérément son attention sur les événements physiques et mentaux qui se déroulent dans le moment présent. On observe donc ses sensations physiques, les pensées qui nous viennent, les émotions, sans chercher à agir sur elles, à exercer un contrôle. On observe l’impermanence de ses états mentaux, comment ceux-ci se succèdent. On privilégie le mode « être » au détriment du mode « faire », qui est notre tendance habituelle.

La pleine conscience a fait son entrée dans la médecine occidentale grâce au Pr. Jon Kabbat Zinn, qui a développé un programme de réduction du stress fondé sur la méditation en pleine conscience (programme de Mindfulness Behavior Stress Reduction ou MBSR) et fondé une clinique de réduction du stress en 1979. Et Jon Kabat Zinn a écrit la postface du livre de Jan Chozen Bays. Merci à lui.

Des évaluations scientifiques ont pu prouver la pertinence de la méthode dans les états de stress, les douleurs chroniques, et plus tard, dans de nombreuses pathologies.

La pleine conscience pour manger sans compulsion alimentaire

Ces évaluations ont permis qu’on considère désormais l’approche par la pleine conscience non plus comme une pratique d’ordre religieux, mais comme une méthode de soin, d’action sur le psychisme, à l’efficacité démontrée. L’adhésion à ce nouveau modèle est telle qu’on peut le considérer comme un changement de paradigme en ce qui concerne les approches de thérapies cognitivo-comportementales. Après une attention portée sur les facteurs de maintien des comportements, puis sur les mécanismes de pensées et les croyances conscientes et inconscientes, la troisième vague des TCC fait de l’acceptation émotionnelle l’élément moteur sur lequel il convient d’axer le travail thérapeutique.

Accepter les choses telles qu’elles sont, nos pensées, nos émotions, ce qui se passe dans notre corps, voilà qui nous prend à contre-pied. Nous voulons tant que cela se passe comme nous voulons ! Nous voulons que le corps maigrisse, et nous sommes prêts à lui faire subir toutes les violences pour cela. Nous voulons manger ce que nous pensons qu’il faut manger si on veut maigrir, ou ce que les nutritionnistes nous disent de manger, et nous sommes prêts à contrecarrer nos tendances naturelles pour cela.

Etre à l'écoute de nous-même et écouter les messages que le corps nous envoie

Et voilà que ces… bouddhistes, nous demandent de nous mettre à l’écoute de nous-mêmes, d’observer nos faims, la fin des faims, d’en tenir compte. D’observer aussi nos désordres intérieurs, de les accepter sans y répondre par l’anesthésie alimentaire. Mais où sommes-nous donc tombés ? Dans une secte, ma parole !

Il n’en est rien. Ces conseils sont en accord avec ce qu’on sait aujourd’hui de la physiologie et de la psychologie de la prise alimentaire, ce qu’on sait sur les systèmes de régulation du poids et de la masse grasse, ce qu’on sait sur les aspects génétiques de l’obésité et du comportement alimentaire.

Le plaisir, par exemple, n’est pas superfétatoire. Il est une pièce essentielle du contrôle du comportement alimentaire. Lorsqu’on a suffisamment faim, lorsqu’on mange ce pour quoi on a de l’appétence, on mange alors pour le plaisir, et la fin du plaisir signale le moment du rassasiement. Vient ensuite la satiété, qui correspond à un désintérêt pour la nourriture. On connaît désormais les centres de commande nerveux, les neuromédiateurs impliqués.

Bien des mécanismes peuvent entraver un tel fonctionnement. Et Jan Chozen Bays nous aide à en faire le tour. Le manque d’attention aux messages corporels, la distraction, qui sont en fait souvent intentionnels ; des discours intérieurs critiques vis-à-vis de soi-même, un manque de bienveillance en quelque sorte ; l’incapacité à vivre le vide, les pensées qui tourbillonnent dans ce vide, les désirs jamais comblés. Tant de choses !

Il s’agit donc de manger en pleine conscience, en étant présent à ce qu’on fait. De manger avec bienveillance, en sachant qu’on procède ainsi par gratitude pour ce corps qui est nous. Et pour bien faire, il convient de se mettre à l’écoute de ce corps, de le laisser parler, de tenir compte de ses messages. Les aliments ont besoin d’être pensés, respectés, afin qu’ils soient nourrissants aussi bien pour l’esprit que pour le corps. Et ainsi mangera-t-on la juste quantité.

En ce qui me concerne, je ne suis pas bouddhiste. Mon admiration n’en est que plus forte face à une pratique millénaire, efficiente, et confirmée par ce qu’on sait à ce jour du fonctionnement de notre cerveau, de notre psyché.

Je remercie profondément Jon Kabbat Zinn, pour nous avoir apporté, à nous autres occidentaux, les pratiques vipassana, et en avoir fait des outils thérapeutiques acceptables par une médecine fondée sur les preuves, l’evidence based medicine. Je remercie Jan Chozen Bays, pour son ouvrage si riche, si sage, et si pratique, l’application des principes précédents au champ de l’obésité et des troubles du comportement alimentaire associés.

Je me sens en parfaite congruence avec ces personnes sages, et je suis heureux qu’un peu de leur sagesse puisse m’habiter. Je suis heureux, au travers de LineCoaching, de pouvoir, peut-être, transmettre cette sagesse, ces méthodes, cette efficacité, à des personnes en souffrance avec leur poids et leur comportement alimentaire.

 

Référence du livre :

Manger en pleine conscience, la méthode des sensations et des émotions. Dr Jan Chozen Bays. Éditions Les Arènes, Paris, 2013. Préface du Dr Gérard Apfeldorfer, postface de Jon Kabat Zinn. CD accompagnateur avec 14 exercices pour manger en pleine conscience.

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